10 février 2026

Le Cardinal Ambongo et le Pape François

Par Armando MANANASI

La nouvelle de la mort du pape François a ému des millions de fidèles catholiques à travers le monde. Pendant cette période dite Apostolica Sedes Vacans, des obsèques sont organisées sur neuf jours, et la dépouille mortelle de l’évêque de Rome a été exposée du lundi au mardi dans la chapelle de la Maison Sainte-Marthe. C’est dans ce lieu que ses proches collaborateurs et les membres de la Curie ont pu se recueillir en toute intimité.

Après un délai de 15 à 20 jours, comme le prévoit la constitution apostolique du Vatican, un conclave se tiendra à huis clos dans la chapelle Sixtine, sous la présidence du doyen du Collège des cardinaux, le cardinal Giovanni Battista Re. Les électeurs auront alors la lourde tâche d’élire le nouveau souverain pontife de l’Église catholique. Dans ce contexte, plusieurs noms de princes de l’Église africaine circulent parmi les successeurs potentiels de l’ancien archevêque de Buenos Aires.

Fridolin Ambongo, le juste milieu

Le Cardinal Ambongo et le Pape François

Pour de nombreux analystes, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu est bien placé pour devenir le premier pape africain de l’ère moderne. Archevêque de Kinshasa, il a été créé cardinal en 2019 par le pape François, avec le titre de Cardinal-prêtre de San Gabriele Arcangelo all’Acqua Traversa. Ambongo incarne un équilibre entre les progressistes et les conservateurs au sein de l’Église.

Très proche du pape François, il est l’actuel président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) et membre du Conseil des cardinaux une instance souvent perçue comme le “gouvernement” de l’Église. Issu de l’ordre religieux des Frères mineurs capucins, il s’est également illustré dans les cercles conservateurs en signant, au nom du SCEAM, une note critique envers Fiducia supplicans une déclaration pontificale permettant la bénédiction de couples en situation irrégulière ou de même sexe, à condition qu’elle ne soit pas assimilée à un sacrement.

Avec des soutiens dans les deux camps, le cardinal Ambongo semble donc solidement positionné pour devenir le 267ᵉ pape de l’Église catholique.

Robert Sarah, “l’opposant”

Le cardinal guinéen Robert Sarah, 79 ans, figure de l’aile ultra-conservatrice, est également cité parmi les papabili. Nommé archevêque de Conakry en 1979 à seulement 34 ans par Jean-Paul II, il a été créé cardinal en 2010 par Benoît XVI. Fidèle à une vision traditionaliste, il s’est opposé avec vigueur aux réformes engagées par François.

En 2015, lors du synode sur la famille, il a rassemblé 51 évêques pour contrer les propositions du pape concernant notamment le célibat des prêtres et les divorcés remariés. Il est considéré comme le chef de file des conservateurs au sein de la Curie. Il a aussi fait polémique en coécrivant avec Benoît XVI un livre en défense du célibat sacerdotal, un thème sensible au sein de l’Église.

Peter Kodwo Appiah Turkson, “l’outsider

Originaire d’un petit village ghanéen, Peter Kodwo Appiah Turkson pourrait devenir le premier pape issu d’Afrique subsaharienne. Cardinal depuis 2003, il a dirigé le Conseil pontifical Justice et Paix et conseillé le pape sur des sujets comme l’environnement. En 2021, il a démissionné de son poste au Dicastère pour le développement humain intégral, avant de prendre la tête des académies pontificales des sciences et des sciences sociales.

En 2023, il affirmait prier pour ne pas être élu pape, mais ses fréquentes apparitions publiques sont parfois perçues comme une campagne discrète. Polyglotte il parle six langues il est aussi connu pour ses interventions au Forum économique mondial de Davos, où il alerte sur les dérives de l’économie libérale.

Dieudonné Nzapalainga, “l’homme de la paix”

Né le 14 mars 1967 à Bangassou, en République centrafricaine, l’archevêque de Bangui connaît bien Rome pour avoir été père synodal lors de l’assemblée des évêques sur la famille en 2014, et membre de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Il est proche du pape François, qu’il a accueilli à Bangui lors du premier voyage du pontife en Afrique, en 2015.

Engagé dans le dialogue interreligieux et la médiation, il a joué un rôle clé dans la libération de l’humanitaire française Claudia Priest et cofondé la plateforme de paix interreligieuse avec un imam et un pasteur. Lors de la réception du prix Sergio Vieira de Mello, il déclarait : « Faire la paix, c’est marcher à travers la brousse, franchir une rivière en pirogue, essuyer des rafales de tirs… et tenter, par des mots, de toucher le cœur d’un général rebelle dérangé en plein repas afin d’épargner des vies. »

Il convient toutefois de souligner que les cardinaux africains ne sont pas les seuls favoris. Dès les premières alertes sur la santé déclinante de François, plusieurs noms circulaient.

On évoque notamment l’archevêque américain Robert Francis Prevost dont le vice-président JD Vance a été l’un des derniers officiels à rencontrer le pape, le cardinal français Jean-Marc Aveline, l’Allemand Reinhard Marx, le Philippin Luis Antonio Tagle, le secrétaire d’État du Vatican Pietro Parolin, ou encore le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa.

Toutefois, les cardinaux africains pourraient tirer avantage des réformes opérées par François. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, les électeurs européens ne seront pas majoritaires au conclave : sur les 135 cardinaux électeurs (dont 108 créés par François), 37 % sont Européens (contre 52 % en 2013), 21 % viennent d’Amérique latine, 19 % d’Asie-Pacifique, et 11,8 % d’Afrique subsaharienne.