L’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo a officiellement accusé réception, ce 18 juin 2025, de la question écrite introduite par l’ancien ministre des Sports et Loisirs, Me Serge Chembo Khonde. Cette correspondance, adressée à son successeur Me Didier Budimbu Ntubwanga, soulève des préoccupations autour de deux contrats de partenariat signés entre le gouvernement congolais et des clubs européens, notamment l’AS Monaco (France) et un club espagnol non encore identifié.
Dans sa lettre, Serge Chembo écrit :
“Sur pied des prescrits de l’article 180 du Règlement intérieur de notre Chambre législative, je me fais l’obligation de vous transmettre, en annexe de la présente, la question écrite adressée à Monsieur le Ministre des Sports et Loisirs sur la signature de deux contrats de sponsoring et de marketing entre le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et quelques clubs européens de football, dont l’AS Monaco et un club espagnol. Je vous prie d’agréer, Honorable Président, tout en vous souhaitant bonne réception, l’expression de ma parfaite considération.”
Le député national et double élu de Sakania (Haut-Katanga) réclame des éclaircissements sur les contours, les retombées et la transparence de ces accords stratégiques censés mêler sport, tourisme et développement économique.
Un contrat de 4,8 millions USD qui divise l’opinion
Signé le 10 mai 2025, en présence du ministre congolais et du directeur général de l’AS Monaco, Thiago Scuro, ce contrat triennal court jusqu’en 2028. Il mobiliserait un budget estimé à 4,8 millions de dollars américains, soit environ 12 milliards de francs congolais. Ce partenariat est présenté par ses défenseurs comme un levier de soft power congolais. Pourtant, il est loin de faire l’unanimité.
Dans les milieux sportifs et culturels, des voix s’élèvent :
“Cette somme devrait plutôt être investie dans notre championnat national, qui meurt à petit feu par manque de financement”, dénoncent plusieurs observateurs.
La priorité accordée à des partenariats internationaux, alors que le football local peine à survivre, suscite une vive polémique, exacerbée par la faiblesse structurelle de la Linafoot et l’absence d’un calendrier stable.
Déjà connu pour ses prises de position tranchées sur la gouvernance du sport congolais, Serge Chembo Khonde signe ici un retour remarqué dans l’actualité sportive nationale. Il avait déjà plaidé, dans le passé, pour la mise en œuvre effective des résolutions des États Généraux du Sport, qu’il considère comme une réponse durable aux maux du sport congolais : mauvaise gouvernance, absence de financement, infrastructures vétustes, etc.
Budimbu attendu à l’Assemblée nationale
En attendant la programmation officielle de son audition à l’Assemblée nationale, le ministre Didier Budimbu Ntubwanga devra convaincre les élus et les citoyens congolais de la valeur réelle de ce partenariat, tant sur le plan sportif que diplomatique et économique.
Quels bénéfices concrets la RDC en tirera-t-elle ?
Quels mécanismes de suivi et de transparence sont prévus ?
Et surtout, pourquoi un tel investissement à l’étranger alors que le sport local est à genoux ?
Autant de questions qui alimentent le suspense autour de ce dossier devenu emblématique du fossé entre politique sportive et réalités du terrain.
Emerode Kamba
