26 juin 2026

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exprimé une opposition catégorique à toute initiative visant à modifier la Constitution du 18 février 2006. Réunis en Assemblée plénière extraordinaire du 18 au 20 juin 2026 à Kinshasa, les évêques catholiques ont publié un message intitulé « La nation est en péril, laissons nos fronts, prenons le plus bel élan », dans lequel ils dressent un constat alarmant de la situation sécuritaire, sociale et politique du pays.

Dans leur déclaration, les prélats estiment que la République démocratique du Congo traverse une période particulièrement critique. Ils soulignent que l’Est du pays demeure confronté à l’insécurité persistante, avec la présence de groupes armés et de forces étrangères dans certaines zones. Les évêques rappellent notamment que plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent sous le contrôle de l’AFC/M23, tandis que les massacres perpétrés par différents groupes armés continuent de faire des milliers de victimes et d’alimenter les déplacements massifs de populations.

Tout en reconnaissant certains efforts du gouvernement dans la construction d’infrastructures publiques, les membres de la CENCO déplorent la persistance de la pauvreté et les difficultés rencontrées par plusieurs programmes sociaux. Selon eux, de nombreux projets destinés à améliorer les conditions de vie des Congolais, notamment la couverture santé universelle et le programme de développement local des 145 territoires, peinent encore à produire les résultats attendus.

Les évêques disent également observer avec inquiétude la montée des tensions politiques autour de la campagne en faveur du changement de la Constitution. Ils dénoncent un climat marqué par l’intimidation des voix dissidentes et la répression des manifestations de l’opposition. Selon eux, cette dynamique contribue à fragiliser davantage la cohésion nationale dans un contexte déjà marqué par de profondes fractures politiques et sociales.

Au sujet de la révision constitutionnelle, la CENCO estime que certains de ses promoteurs poursuivent un objectif bien précis. « Certains tenants du changement de la Constitution du 18 février 2006 ne cachent plus leur principale motivation qui est d’offrir un autre cycle de mandat à l’actuel Président de la République, ce qui serait une rupture du pacte républicain qui est un compromis politique historique chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance », écrivent les évêques. Ils considèrent qu’une telle démarche remettrait en cause les fondements de l’équilibre institutionnel instauré par la Constitution actuelle.

L’épiscopat s’inquiète particulièrement des conséquences que pourrait avoir la loi fixant les conditions d’organisation du référendum. Selon les évêques, ce texte pourrait permettre de contourner les dispositions protégées par l’article 220 de la Constitution. « Une des conséquences de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum votée sous prétexte de combler un vide juridique serait de rendre possible un référendum qui permettrait de toucher, en violation de l’ordre constitutionnel, aux matières intangibles déjà verrouillées par l’article 220. Et pourtant cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État », soulignent-ils.

La CENCO met en garde contre les conséquences d’un éventuel passage en force. « Nous pensons, quant à nous, que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes, dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une guerre civile est à redouter », préviennent les évêques. Au terme d’un « profond discernement », ils réaffirment qu’ils ne voient « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution » et appellent les citoyens à demeurer vigilants afin de s’opposer « par tous les moyens légaux et pacifiques » à toute tentative de modification des dispositions constitutionnelles verrouillées. Ils rappellent enfin leur position déjà exprimée en 2018 : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Il s’en suit que tout président ayant épuisé le deuxième mandat ne peut plus en briguer un troisième. »

La Rédaction