Lors d’une interview accordée à la radio Top Congo FM ce lundi 09 juin, Jean-Pierre Bemba Gombo, vice-premier ministre et ministre des Transports, Voies de Communication et Désenclavement, est revenu sur les raisons du blocage du plan de relance de la compagnie nationale Congo Airways. Il a pointé du doigt la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), qu’il accuse d’avoir saboté l’opération approuvée pourtant par le Conseil des ministres.
Selon M. Bemba, un business plan avait été présenté en juillet 2024 en vue de l’acquisition, en location/vente, de sept avions Airbus A320 afin de relancer la compagnie. La CNSS devait garantir un financement de 30 millions de dollars auprès d’une banque locale prête à accompagner le projet. Mais cette garantie n’a jamais été fournie.
« Le Conseil des ministres avait approuvé la relance. La CNSS devait simplement fournir une garantie. Mais au lieu d’appuyer le gouvernement, ses dirigeants ont préféré se lancer eux-mêmes dans des activités d’aviation », a-t-il déploré.
Toujours selon le ministre, la CNSS aurait contourné la décision gouvernementale, exprimant sa volonté d’acquérir directement des avions ou d’en louer, alors que ce secteur exige une expertise technique et une gestion spécifique. Cette décision unilatérale a contribué à l’enlisement du dossier et au statu quo actuel de Congo Airways, désormais sans flotte opérationnelle.
En contrepartie de cette déconvenue, le VPM a salué les avancées dans le cadre du partenariat entre la RDC et Ethiopian Airlines ayant donné naissance à la nouvelle compagnie « Air Congo ». Deux avions ont déjà été livrés en novembre 2024, deux autres sont attendus dans les prochains mois, malgré un léger retard.
« Le plan est en cours d’exécution, les résultats sont encourageants. Les taux de remplissage sont très bons », a indiqué M. Bemba, qui qualifie cette initiative de « bonne opération ».
Pour de nombreux analystes, l’effondrement de Congo Airways illustre les failles structurelles de la gouvernance en République Démocratique du Congo. Mauvaise coordination interinstitutionnelle, absence de vision stratégique, initiatives contradictoires et détournements d’objectifs sont souvent mentionnés comme symptômes d’un système en crise.
L’initiative gouvernementale visait pourtant à redresser la compagnie nationale à travers un plan quinquennal axé sur la reprise des agréments internationaux perdus, notamment le Certificat de Transport Aérien (CTA) et l’agrément IATA, indispensables pour opérer à l’international. Ces objectifs risquent désormais d’être définitivement compromis.
La situation de Congo Airways met en lumière les défis persistants dans la gestion du secteur public en RDC. Tandis qu’Air Congo prend son envol grâce à une coopération stratégique, le projet de redynamisation de la compagnie nationale est suspendu aux décisions contestées d’un organisme public. Une illustration parmi d’autres des batailles internes freinant les ambitions de réforme du pays.
