Un rapport explosif du Conseil Présidentiel de Veille Stratégique (CPVS), publié ce mercredi 1er octobre 2025, met en cause l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi dans l’échec du projet de construction de 1 000 maisons préfabriquées destinées aux sinistrés de Matadi-Kibala. Le document dénonce un retard de trois ans et un surcoût de près de 20 millions USD, portant la facture totale à 57,48 millions USD, sans qu’aucune habitation n’ait été livrée.
Un projet pour reloger les victimes de Matadi-Kibala
À la suite des pluies diluviennes de décembre 2022, qui avaient causé 168 morts et laissé plus de 750 ménages sans abri, le président Félix Tshisekedi avait promis un relogement rapide et digne. Le site de Mukilango, à Mont-Ngafula, avait été retenu pour y ériger 1 000 maisons préfabriquées ainsi que des routes et des ponts, dans un délai annoncé de sept mois. Mais deux ans après le lancement officiel en juillet 2023, le chantier est quasiment à l’arrêt : seuls 16 % des travaux de 500 logements de type A auraient été réalisés, selon le CPVS.
Des irrégularités dans la passation du marché
Le rapport pointe directement Nicolas Kazadi, qui aurait validé un contrat de gré à gré avec la société turque MILVEST, sans l’aval de la Direction Générale du Contrôle des Marchés Publics (DGCMP) ni l’approbation du Premier ministre. « Le processus de recrutement n’a pas été revu par la DGCMP, et pire, le contrat n’a jamais été validé par le Premier ministre », souligne le document.
Le CPVS reproche également à l’ancien ministre d’avoir écarté la mise en place d’un cabinet de contrôle indépendant, pourtant exigé par la loi, ouvrant la voie à une gestion opaque et sans supervision.
Une chaîne de complicités
Outre Nicolas Kazadi, plusieurs structures publiques sont épinglées. L’ACOPRIM n’aurait assuré aucune supervision technique, le FONHAB n’a certifié aucune facture, et la CT-PDU se serait contentée d’une présence symbolique. Résultat : MILVEST a bénéficié de décaissements massifs sans livrer de résultats concrets.
Deux avenants signés en septembre 2023 ont en outre fait passer le coût du projet de 37,8 à 57,48 millions USD, sans modification du volume ou de la nature des travaux, renforçant l’impression d’un « gaspillage organisé ».
Appel à enquête et mesures correctives
Face à ce qu’il qualifie de « gabegie », François Mwamba, président du CPVS, appelle l’Inspection Générale des Finances (IGF) à ouvrir une enquête, à saisir les comptes de MILVEST et à auditionner les responsables impliqués. Il recommande également une régularisation urgente des procédures de passation des marchés, ainsi qu’une aide humanitaire immédiate pour les 750 ménages toujours en attente d’un toit.
Une promesse présidentielle compromise
Lancé dans l’urgence après une catastrophe meurtrière, le projet des maisons préfabriquées devait incarner la réactivité de l’État face aux drames humanitaires. Mais aujourd’hui, il symbolise au contraire l’opacité de la gestion publique, avec un retard de trois ans, des fonds envolés et des sinistrés toujours sans solution.
