Depuis la fin du mois de septembre, le franc congolais (CDF) affiche une légère appréciation face au dollar américain, une évolution saluée par plusieurs observateurs et attribuée aux efforts conjugués de la Banque Centrale du Congo (BCC) et du ministère de l’Économie nationale. Cependant, alors que l’État s’efforce de stabiliser la monnaie nationale, certains cambistes de la capitale Kinshasa semblent profiter de la situation pour imposer leurs propres règles, semant confusion et méfiance parmi les citoyens.
Ce lundi 13 octobre, dans plusieurs points de change emblématiques tels que Lemba Super, Masina Pétro-Congo ou encore le marché Gambela, les taux affichés variaient entre 1 750 et 1 800 FC pour 1 dollar, bien en deçà du taux officiel fixé par la BCC à 2 365,23 FC. Un écart considérable, qui interpelle sur les pratiques du marché parallèle et soulève des interrogations quant à la régulation effective du secteur.
« Cette fluctuation est perçue comme un vol à ciel ouvert », dénonce Sephorah, une commerçante rencontrée au marché Gambela.
« Si 1 dollar vaut maintenant 1 800 FC, pourquoi continuons-nous à payer le transport, le carburant ou les produits alimentaires au taux de 2 800 FC ? »
Un sentiment d’injustice que partagent de nombreux Kinois, confrontés à une réalité économique incohérente : une monnaie nationale qui s’apprécie sur le papier, mais dont l’effet reste invisible dans le quotidien.
De leur côté, certains cambistes rejettent la responsabilité sur les “grossistes” du marché des devises. À Bandalungwa, l’un d’eux, qui a préféré garder l’anonymat, justifie ainsi la situation :
« Nous dépendons des grands distributeurs, ceux qui travaillent directement avec la Banque centrale. Aujourd’hui, ils nous ont vendu les dollars à 1 900 FC. Pour avoir un minimum de marge, nous devons les revendre à 1 800 FC. Ce n’est pas un choix, c’est le système qui est ainsi fait. »
Cette mécanique, entre marché informel et chaînes d’approvisionnement opaques, entretient un déséquilibre que la Banque Centrale du Congo dit vouloir corriger.
Face à cette cacophonie monétaire, le gouverneur de la BCC, André Wameso, a annoncé récemment la mise en place de guichets officiels de change accessibles à tous, permettant d’échanger devises et francs congolais au taux fixé par l’État. Une mesure saluée, mais jugée encore insuffisante par les usagers.
« C’est une bonne décision, mais où sont ces guichets ? » s’interroge un client croisé à Gambela.
« Tant qu’ils ne sont pas visibles dans tous les quartiers, la population continuera à se faire avoir par les cambistes. »
Au-delà des taux et des chiffres, c’est la crédibilité de la politique monétaire qui est en jeu. Car si le franc congolais s’apprécie réellement, cette embellie devrait logiquement se refléter dans le panier de la ménagère : baisse du prix des denrées, du transport, du carburant… Ce qui, pour l’instant, n’est pas encore perceptible.
Nombre d’observateurs appellent désormais le gouvernement, via le ministère de l’Économie, à agir avec fermeté pour encadrer les points de change, sanctionner les abus et redonner confiance à la population.
« L’heure n’est plus aux annonces, mais aux actes concrets », résume un économiste kinois.
« Si l’État veut redonner de la valeur au franc congolais, il doit aussi redonner confiance à ceux qui l’utilisent. »
Tandis que la BCC promet un suivi rapproché des marchés de change, les Kinois, eux, attendent surtout que cette stabilisation monétaire se traduise dans leur vie quotidienne, et non dans les seuls discours économiques.
Aaron Kanku
