27 juillet 2026

Le débat sur la gestion du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) refait surface. Alors que le Gouvernement a lancé une opération de recouvrement des créances auprès des bénéficiaires défaillants, Me Chaty Meta Kadima, avocate et titulaire d’un master en droit économique et social de l’Université catholique du Congo, estime que cette initiative ne produira des résultats durables qu’à la condition d’être accompagnée d’une réforme en profondeur de l’institution.

Dans une tribune, elle affirme que les difficultés du FPI ne se limitent pas au non-remboursement des prêts. Selon elle, elles trouvent leur origine dans des failles structurelles qui ont progressivement fragilisé l’établissement. L’avocate remet notamment en question la pérennisation de la Taxe de Promotion Industrielle (TPI), créée pour une durée de dix ans mais devenue permanente, sans véritable mécanisme de redevabilité envers les contribuables.

Me Chaty Meta dénonce également les conditions d’octroi de certains financements. Malgré l’existence de textes exigeant des garanties solides, plusieurs crédits auraient été accordés à des projets dépourvus de garanties suffisantes ou jamais réalisés. Elle plaide pour un audit des dossiers à risque, la publication des bénéficiaires ainsi que des garanties accordées et la responsabilisation des gestionnaires ayant validé ces décaissements.

L’avocate attire aussi l’attention sur les pratiques de rétrocommissions qui, selon elle, ont longtemps affecté les financements du FPI. Citant un ancien rapport parlementaire, elle rappelle que des prélèvements illicites auraient réduit de manière significative les montants réellement perçus par certains bénéficiaires, compromettant ainsi la réussite des projets et les capacités de remboursement.

Autre critique formulée : la coexistence de prêts remboursables et de subventions à fonds perdus accordées à certains opérateurs. Pour Me Chaty Meta, cette politique de « deux poids, deux mesures » nuit à la crédibilité du FPI, décourage les entrepreneurs respectueux de leurs engagements et favorise les abus. Elle appelle à l’instauration de règles transparentes et identiques pour tous.

Face à ces constats, l’avocate propose une transformation radicale du FPI. Elle recommande sa mutation en une véritable Banque de Crédit et d’Investissement, dotée d’une gouvernance professionnelle, de normes prudentielles et d’une obligation de résultats, à l’image des banques publiques de développement existant dans plusieurs pays africains.

Pour Me Chaty Meta, le recouvrement des créances constitue une étape indispensable, mais il ne saurait remplacer une réforme structurelle. Elle estime que la RDC doit désormais choisir entre maintenir un FPI qu’elle juge inadapté aux ambitions industrielles du pays ou créer une institution bancaire spécialisée, capable de financer durablement l’industrie nationale dans un cadre transparent, responsable et conforme aux standards internationaux.

Jolga Luvundisakio