La tension est palpable entre institutions en République démocratique du Congo autour du procès de l’ancien Premier ministre devenu député national, Augustin Matata Ponyo. Alors que la Cour constitutionnelle doit se prononcer le 14 mai sur le dossier judiciaire lié au fiasco du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, l’Assemblée nationale, par la voix de son président Vital Kamerhe, a exigé la suspension des poursuites, invoquant la protection des immunités parlementaires.
Le mercredi 7 mai, la question a de nouveau enflammé l’hémicycle à la suite d’une motion incidentielle introduite par le député Alfred Dibandi. Celui-ci a invité Kamerhe à faire respecter l’autorité de la Chambre en saisissant les autres institutions du pays. Il estime que la procédure judiciaire en cours viole l’article 107 de la Constitution, qui exige la levée préalable des immunités pour tout député poursuivi en justice. Kamerhe a alors promis de rencontrer personnellement le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Kamuleta, afin d’obtenir des clarifications.
Pour rappel, la Cour a déjà affirmé sa compétence à juger Matata Ponyo, arguant que le procès (RP002) est en phase avancée et donc prêt à être jugé. Selon elle, cette situation écarte la nécessité de demander à nouveau la levée des immunités. Dans sa réponse à Kamerhe, Kamuleta a soutenu que cette phase du procès ne viole en rien la Constitution, réaffirmant l’indépendance de la justice congolaise.
Le 23 avril dernier, le procureur général avait requis dix ans de travaux forcés et autant d’années d’inéligibilité à l’encontre de Matata Ponyo, ordonnant également son arrestation immédiate. Deux autres coaccusés sont aussi dans le viseur de la justice : Déogratias Mutombo, ancien gouverneur de la Banque centrale, et Christo Grobler Stephanus, patron d’AFRICOM.
Selon l’Inspection générale des finances (IGF), plus de 280 millions de dollars américains ont été décaissés pour le projet Bukanga-Lonzo, mais seulement 34 millions auraient effectivement été investis sur le terrain. L’IGF accuse Matata Ponyo d’avoir directement dirigé le projet, sans transparence, sans appel d’offres et en recourant à des sociétés fictives.
Vital Kamerhe reste ferme quant au respect du droit parlementaire. Il a rappelé plusieurs jurisprudences nationales et internationales, notamment les cas de Salomon Kalonda en RDC et de Donald Trump aux États-Unis, pour illustrer l’importance du statut protégé des parlementaires.
Certains députés, comme Daniel Aselo de l’UDPS, désapprouvent cette démarche. Ils estiment que le président de l’Assemblée ne devrait pas interférer dans une affaire relevant de la justice. Une position minoritaire, visiblement mal accueillie par la majorité des élus.
Le verdict de ce procès très médiatisé est attendu pour le 14 mai. En attendant, le bras de fer entre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle ne cesse de s’intensifier.
Assiyah Tshamunyongue
