La mise au point publiée par le cabinet de la ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, en réponse aux articles relayant un présumé détournement à la suite d’un mécontentement des syndicats, laisse autant d’interrogations qu’elle prétend en éteindre. Les médias, citant une note des syndicats, ont en effet dénoncé un prélèvement mensuel, depuis le mois de novembre 2025, de 720 000 dollars, soit 6 % des 12 millions de dollars générés chaque mois par la parafiscalité dite «Effort de reconstruction et stock stratégique», imputé à la ministre. Le démenti du cabinet, loin d’apporter des éléments factuels, se contente d’évoquer une «campagne» visant à «salir et discréditer» la ministre. Or, sur le fond, plusieurs points cruciaux restent à éclaircir.
D’abord, la question de la légalité du prélèvement. Les articles dénoncent un subside de 6 % prélevé sur une recette parafiscale spécifique récoltée par la DGDA, obligée de se contenter d’un modique 1%. Le cabinet ne produit aucun texte de loi autorisant explicitement l’imposition d’un tel pourcentage. En l’absence d’un acte juridique lisible et retraçable, la simple affirmation qu’il s’agit d’une pratique légitime ne suffit pas: la transparence exige la publication du fondement légal.
Ensuite, l’utilisation effective des fonds demeure inconnue. Si 6 % des 12 millions représentent bien 720 000 dollars par mois, le communiqué ne détaille ni la destination exacte de ces sommes, ni les répartions, ni les comptes bénéficiaires, ni les pièces justificatives (ordres de recettes, bordereaux, contrats ou marchés publics le cas échéant). Qui a bénéficié de ces prélèvements ? Pour quelle tâche ou quels projets précis ? Quelles sont les pièces comptables qui permettent de suivre la traçabilité de ces flux ? Autant de questions restées sans réponse.
Troisièmement, le cabinet se contente d’un démenti d’allure générale qui, paradoxalement, ne dément rien sur le plan factuel. Accuser des médias d’une «campagne» sans produire de contre-preuves concrètes (extraits bancaires, audits, rapports de contrôle) revient à déplacer le débat sur un plan personnel et médiatique, plutôt que sur le terrain juridique et administratif où il doit être tranché.
Quatrièmement, la mise au point ne précise pas si des contrôles internes ou externes ont été diligentés. Dans un dossier mettant en jeu des recettes publiques importantes, la moindre exigence minimale est la transmission des documents aux institutions de contrôle : Inspection générale des finances (IGF), Cour des comptes, ou toute autre instance d’audit indépendante. Rien n’indique que cela ait été fait, ni que les comptes aient été ouverts à un examen indépendant.
Enfin, l’argument de la «campagne» tend à décourager l’exigence légitime de transparence citoyenne. Dans un pays où la défiance à l’égard de la gestion des ressources publiques est forte, la réponse à une polémique financière ne devrait pas être l’attaque des messagers, mais la mise à disposition rapide et complète des éléments de preuve.
Si la question centrale demeure «quel est l’acte légal autorisant le prélèvement de 6% de la parafiscalité», la mise au point du cabinet Bandubola, en l’état, ne répond ni aux interrogations juridiques ni aux exigences de transparence. Sans documents et audits publics, les allégations resteront en suspens et la posture accusatrice du communiqué renforcera, au contraire, les soupçons. Dans l’intérêt de l’État comme de la ministre, un traitement factuel et documenté de l’affaire est désormais indispensable.
Note de la rédaction
