La suspension des activités sportives au stade Tata Raphaël continue de susciter de vives réactions à Kinshasa. Face aux critiques, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a tenu à clarifier la position du gouvernement, affirmant que cette décision répond avant tout à une exigence de protection du patrimoine sportif national et de sécurité.
Depuis plusieurs mois, le stade Tata Raphaël accueille la majorité des rencontres des championnats. Mais derrière cette forte affluence, le constat est alarmant : violences récurrentes, sièges arrachés, grilles endommagées, installations sanitaires dégradées. Des actes de vandalisme attribués à certains supporters, qui transforment régulièrement les tribunes en zones de casse à l’issue des grandes affiches.
Selon le cabinet du ministre, ces comportements persistent malgré les sanctions infligées par les instances sportives. Amendes et rappels à l’ordre se sont révélés peu dissuasifs. « Les faits sont sanctionnés, mais ils se répètent sans cesse », déplore une source au ministère.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’État a engagé des travaux de réfection et de modernisation du stade. En effet, le stade Tata Raphaël est actuellement en réhabilitation afin d’accueillir, du 17 au 24 février prochains, le tournoi U17 de l’UNIFFAC (messieurs). Cette compétition régionale exige des infrastructures conformes aux normes, tant sur le plan technique que sécuritaire.
Or, les efforts financiers consentis par l’État sont régulièrement compromis par de nouvelles dégradations. « On veut un stade moderne, mais on le détruit en même temps », résume un responsable impliqué dans le dossier. Pour les autorités, la suspension temporaire des matchs vise aussi à préserver les installations en cours de réfection, afin de garantir le bon déroulement de cette compétition continentale.
Le ministère pointe également la chaîne de responsabilités. Si les ligues infligent des amendes aux clubs après les incidents, ces sanctions ne sont pas toujours accompagnées d’obligations de réparation. Résultat : les pénalités financières sont encaissées, mais les dégâts demeurent visibles, laissant à l’État la charge des coûts de réhabilitation.
Pour les autorités, cette situation entretient une culture de l’impunité. Les clubs paient, les supporters cassent, puis reviennent assister aux rencontres suivantes comme si de rien n’était. « On casse l’après-midi et le lendemain on revient jouer », ironise un cadre du ministère.
Le timing de la suspension a également alimenté les débats. Certains observateurs estiment que la décision intervient au mauvais moment, en pleine saison sportive, allant jusqu’à accuser le ministre de négliger les compétitions locales. Une lecture que le gouvernement rejette, rappelant que la priorité demeure la sécurité des personnes et la préservation des infrastructures.
L’exécutif évoque d’ailleurs un précédent douloureux : les graves incidents survenus le 9 septembre 2015 au stade des Martyrs, lors d’une rencontre internationale, qui avaient valu à la RDC de lourdes sanctions et la privation de plusieurs matchs à domicile. Une expérience que les autorités disent ne plus vouloir revivre.
Au-delà de la suspension, Didier Budimbu insiste sur la responsabilité collective. « L’État doit-il être victime à chaque fois ? », s’interroge son cabinet. Sans sanctions réellement contraignantes réparations obligatoires, huis clos, retraits de points les comportements ne changeront pas, préviennent plusieurs observateurs.
En attendant, le stade Tata Raphaël est plongé dans le silence. Un silence imposé, mais que les autorités espèrent salutaire. Car préserver les infrastructures aujourd’hui, c’est garantir l’avenir du football congolais demain.
La rédaction
