30 juillet 2026

Une nouvelle organisation de professionnels des médias fait son entrée dans le paysage médiatique congolais. L’ASBL Voix de la Presse a officiellement lancé ses activités mercredi 29 juillet au Centre Wallonie-Bruxelles, dans la commune de la Gombe à Kinshasa, au cours d’une cérémonie placée sous le thème : « Le journalisme à l’ère de l’intelligence artificielle : dangers et opportunités ».

L’événement a réuni de nombreux journalistes, universitaires, chercheurs, experts en communication ainsi que plusieurs personnalités du secteur des médias, parmi lesquelles le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, le secrétaire général de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), un représentant du ministre de la Communication et Médias, ainsi que le professeur Pierre N’Sana, le chercheur Axel Gontcho et l’expert en droit du numérique Ghislain Kabeya.

Une vision de transformation du paysage médiatique

Prenant la parole à l’ouverture de la cérémonie, le président du comité provisoire de Voix de la Presse, Prince Mayiro, a expliqué que cette initiative est l’aboutissement d’un travail entamé depuis 2025 afin de doter l’organisation d’un cadre légal solide.

« Nous avons travaillé d’arrache-pied en petit comité pour mettre en place un cadre légal, notamment à travers nos statuts et notre règlement intérieur. Aujourd’hui est un jour qui restera gravé dans nos mémoires, car il marque le début d’une belle aventure », a-t-il déclaré.

Selon lui, la création de cette structure répond à la nécessité d’accompagner les profondes mutations que connaît le secteur des médias et de contribuer à la professionnalisation du journalisme en République démocratique du Congo.

« Le 29 juillet ne marque pas seulement la sortie officielle de Voix de la Presse, mais surtout le début d’un engagement. Un engagement d’une génération de professionnels des médias décidés à écrire une nouvelle page du journalisme congolais. Notre ambition est de faire de Voix de la Presse un moteur de transformation », a affirmé Prince Mayiro.

Il a précisé que l’association ambitionne de contribuer à l’émergence d’une presse congolaise libre, crédible, innovante, économiquement forte et portée par des journalistes compétents, solidaires et conscients de leur responsabilité envers la société.

« Nous ne voulons pas seulement accompagner le changement. Nous voulons participer à le conduire. Nous voulons que le journaliste congolais soit reconnu non seulement pour son courage, mais aussi pour son professionnalisme, son expertise et sa capacité à produire une information qui éclaire les citoyens et renforce la démocratie », a-t-il ajouté.

Une structure complémentaire à l’UNPC

Face aux interrogations sur une éventuelle concurrence avec les organisations professionnelles existantes, Prince Mayiro a tenu à lever toute ambiguïté.

« Nous ne venons ni remplacer ni étouffer l’UNPC. L’UNPC demeure la maison mère. Nous sommes une structure indépendante, comme il en existe d’autres. La liberté d’association est garantie par la loi en République démocratique du Congo et nous souhaitons travailler en étroite collaboration avec l’UNPC », a-t-il expliqué.

Il a insisté sur le fait que Voix de la Presse poursuivra des objectifs spécifiques, notamment le renforcement des capacités des journalistes, la promotion de l’éthique et l’accompagnement des jeunes professionnels des médias.

L’intelligence artificielle au cœur des échanges

Le point fort de cette cérémonie a été un panel consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle dans le journalisme.

Le professeur Pierre N’Sana, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication et secrétaire général académique de l’UNISIC, a appelé les journalistes à demeurer maîtres de ces nouveaux outils.

« L’université a pour première mission de former les étudiants à l’esprit critique. Cet esprit critique permet de prendre des distances avec l’émotion », a-t-il souligné.

Il a plaidé pour une formation continue des professionnels des médias afin qu’ils puissent exploiter l’intelligence artificielle sans perdre leur autonomie éditoriale, résumant son approche par la nécessité de « former sans déformer ».

Pour sa part, le chercheur Axel Gontcho a rappelé que l’intelligence artificielle fait désormais partie du quotidien des rédactions.

« L’IA n’est plus une promesse du futur. Elle est déjà installée dans les rédactions », a-t-il déclaré.

Selon lui, deux attitudes extrêmes doivent être évitées : la technobéatitude, qui consiste à croire que l’IA résoudra tous les problèmes, et la technophobie, qui conduit à rejeter systématiquement cette technologie.

« L’IA est un amplificateur. Elle peut notamment permettre de retranscrire une interview en quelques secondes et ainsi libérer du temps pour le travail de terrain », a-t-il expliqué.

Intervenant sur les aspects juridiques, Ghislain Kabeya a attiré l’attention sur les risques liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle, notamment la manipulation des contenus, les atteintes à la vie privée et les responsabilités prévues par le Code du numérique.

Le CSAC appelle à la responsabilité

Présent à cette cérémonie, le président du CSAC, Christian Bosembe, a exhorté les journalistes à privilégier la rigueur et la responsabilité dans le traitement de l’information.

« Informer, ce n’est pas relayer tout et n’importe quoi. Informer, c’est vérifier, contextualiser et hiérarchiser. La vitesse ne doit jamais tuer la vérité. Dans un contexte marqué par la désinformation, le rôle du journaliste devient encore plus exigeant », a-t-il déclaré.

Selon lui, les médias doivent contribuer à la stabilité sociale en diffusant une information fiable, équilibrée et vérifiée.

Miser sur la jeunesse et l’éthique

Au-delà de la réflexion sur l’intelligence artificielle, Voix de la Presse entend faire de la formation des jeunes journalistes l’un de ses principaux axes d’action.

L’association prévoit de mettre en place un cadre permanent de formation, d’accompagnement et d’échanges entre professionnels afin de promouvoir un journalisme fondé sur la crédibilité, la véracité, l’équité, l’impartialité, l’indépendance et le respect de la déontologie.

Les responsables ont également indiqué que l’adhésion est ouverte aux journalistes, caméramans, photographes, réalisateurs, preneurs de son, community managers et autres professionnels des médias, ainsi qu’aux sympathisants souhaitant soutenir cette initiative.

À travers cette nouvelle structure, les initiateurs ambitionnent de contribuer durablement à la modernisation du paysage médiatique congolais et à l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes capables de relever les défis imposés par les mutations technologiques, tout en préservant les valeurs fondamentales du métier.

La rédaction