Alors que la RDC traverse une séquence diplomatique intense, avec deux accords majeurs conclus à Washington et Doha, un autre front politique se dessine en interne : celui du dialogue national intercongolais. Porté conjointement par l’Église catholique et l’Église protestante, ce processus en préparation pourrait bientôt compter un acteur inattendu mais déterminé : Joseph Kabila.
L’ancien président, discret depuis la fin de son mandat en 2019, n’a pourtant jamais quitté la scène. Ces dernières semaines, il a multiplié les consultations politiques dans l’est de la RDC, d’abord à Goma puis à Bukavu, avec un objectif : formuler une position politique claire sur les enjeux de gouvernance et de sécurité dans cette région meurtrie par les conflits armés.
Selon ses proches, ces consultations ont abouti à la rédaction d’un document de synthèse, gardé pour l’instant confidentiel. Sa publication, initialement prévue lors d’une conférence de presse, a été repoussée. Mais selon une source contactée par RFI, ce document pourrait être présenté lors du dialogue national à venir, auquel Joseph Kabila entend bien participer.
Malgré la perte de son immunité parlementaire et les procédures judiciaires engagées contre lui, Kabila reste une figure incontournable. Officiellement, ses proches écartent toute volonté de retour à la présidence. « Il ne s’agit pas de reprendre le pouvoir, mais de faire entendre des revendications sérieuses sur la gouvernance du pays, la situation sécuritaire dans l’Est, et la gestion des ressources naturelles », précise un membre de son entourage.
L’un de ses plus fidèles conseillers, Kikaya Bin Karubi, a d’ailleurs effectué une mission de lobbying à Washington il y a un mois. Une démarche qui montre que Joseph Kabila ne se contente pas d’un rôle d’observateur, mais entend s’impliquer dans les grands équilibres à venir, y compris sur la scène diplomatique internationale.
Le dialogue national envisagé par les deux principales confessions religieuses du pays se veut une alternative au cadre institutionnel officiel, souvent perçu comme verrouillé. Dans ce contexte, la participation de Kabila représente un geste politique fort, qui pourrait à la fois renforcer sa légitimité et peser sur les décisions futures, notamment dans les régions de l’Est.
Alors que les États-Unis, par la voix de la porte-parole du Département d’État, Tammy Bruce, insistent sur l’importance d’une « gouvernance inclusive » et du retour des populations déplacées, les positions de Kabila semblent s’aligner sur certaines attentes de la communauté internationale.
Si les négociations de Doha avec l’AFC/M23 et l’accord bilatéral avec Kigali ont marqué des avancées sur le plan diplomatique, elles ont aussi révélé les failles de la stratégie actuelle du gouvernement. Le volet minier de l’accord conclu à Washington, en particulier, est critiqué par Kabila, qui le considère comme désavantageux pour la souveraineté économique du pays.
Face à ces accords conclus sans son camp, l’ancien président veut se repositionner. Sa participation au dialogue national n’est pas qu’un acte symbolique : elle marque une volonté de redevenir un acteur structurant du débat national, au moment où les équilibres internes et les influences extérieures se recomposent.
Accusé de corruption par certaines ONG et visé par des procédures judiciaires, Joseph Kabila n’est pas sans failles. Mais dans un pays où les figures de poids politique sont rares et les oppositions éclatées, sa posture actuelle lui permet de garder une place centrale dans les recompositions à venir.
Il reste à voir si ce dialogue national aura lieu, dans quelles conditions, et avec quel degré d’ouverture. Mais une chose est certaine : Kabila n’a pas dit son dernier mot.
