Le directeur général de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration signées entre la RDC et ses partenaires privés (APCSC), Freddy Yodi Shembo, est cité dans un dossier portant sur l’importation en franchise de 100.000 m³ de produits pétroliers, soit environ 100 millions de litres de carburant, destinés, selon les éléments du dossier, aux activités liées au projet routier Mbuji-Mayi–Nguba.
Selon les informations rapportées par Africa News, l’Inspection générale des finances (IGF) cherche à obtenir des éclaircissements sur les conditions dans lesquelles cette exonération aurait été accordée. La valeur des produits concernés serait estimée entre 80 et 110 millions de dollars, tandis que le manque à gagner potentiel pour le Trésor, au titre des droits et taxes, serait évalué entre 25 et 35 millions de dollars.
Le dossier implique notamment SISC SA, présentée comme filiale opérationnelle de la SICOMINES, et Ultimate Oil & Gaz, présentée comme sous-traitante. L’IGF chercherait notamment à vérifier la réalité de cette relation de sous-traitance, ainsi que les documents ayant permis à Ultimate Oil & Gaz de bénéficier de l’importation en franchise.
Un élément particulièrement sensible concerne la position de SISC SA. D’après le journal, la société chinoise aurait affirmé, dans plusieurs correspondances adressées à l’IGF, n’avoir jamais commandé ni réceptionné les 100.000 m³ de carburant concernés. Cette déclaration soulève naturellement des interrogations sur la destination effective des produits exonérés.
L’IGF a ainsi sollicité auprès de l’APCSC plusieurs pièces, notamment le contrat de sous-traitance, la facture pro forma, le contrat d’achat et les documents relatifs à la validation de l’exonération. Une correspondance du ministère des Finances citée dans le dossier rappelle par ailleurs le rôle de l’APCSC dans la reconnaissance de la qualité de sous-traitant.
Interrogé sur cette affaire, l’entourage de Freddy Yodi Shembo aurait assuré que le DG transmettrait les documents demandés, notamment les résultats des audits portant sur les contrats chinois. Le responsable de l’APCSC aurait également rejeté toute implication dans d’éventuelles pratiques irrégulières, affirmant que « jamais on ne trouvera Freddy Yodi Shembo dans les magouilles ».
À ce stade, aucune conclusion judiciaire ne permet d’établir une responsabilité personnelle de Freddy Yodi Shembo. Le dossier se situe principalement au niveau du contrôle et de la vérification administrative. L’enjeu est désormais de déterminer qui a sollicité l’exonération, sur quelle base elle a été accordée, qui a réceptionné les produits et surtout si les 100 millions de litres ont effectivement été utilisés pour le chantier Mbuji-Mayi–Nguba.
L’IGF poursuit donc ses vérifications. Les documents attendus de l’APCSC pourraient permettre de lever les zones d’ombre autour de cette opération évaluée à plusieurs dizaines de millions de dollars et de déterminer où se situe réellement le maillon manquant de cette affaire.
Jolga Luvundisakio
