Kinshasa, 5 janvier 2026. Depuis sa cellule de détention, l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba est sorti de son silence. Dans une lettre adressée au peuple congolais, il conditionne sa participation au dialogue national inclusif à des actes concrets, rejetant toute démarche fondée sur de simples slogans politiques.
Se présentant comme le « chef de file de l’opposition républicaine », Constant Mutamba estime que le dialogue annoncé ne saurait réussir sans une décrispation politique réelle. Il exige notamment la libération des opposants et leaders d’opinion non armés, victimes selon lui d’arrestations arbitraires et de condamnations injustes.
Parmi ses conditions figurent également des garanties sérieuses de sécurité pour permettre le retour au pays des opposants vivant en exil, ainsi qu’une conduite sincère et de bonne foi du processus de dialogue.
Dans sa lettre, Mutamba met en garde contre toute tentative de dévoyer l’initiative. Il insiste sur le fait que le dialogue national ne doit être ni un mécanisme de partage du pouvoir, ni une « blanchisserie politique » destinée à légitimer des groupes armés ou des rébellions.
« Soixante-six ans après, notre État n’a plus besoin de comédiens opportunistes », écrit-il sans détour.
Se décrivant comme « parmi les plus brimés par le système », Constant Mutamba affirme avoir été condamné injustement, arrêté illégalement, privé de ses droits et soumis à des humiliations ainsi qu’à des tortures morales et physiques. Malgré ces épreuves, il revendique être resté en République démocratique du Congo par patriotisme, refusant à la fois l’exil et la lutte armée.
Il cite notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Adolphe Muzito comme figures emblématiques d’une opposition pacifique et républicaine, attachée à la voie politique plutôt qu’à la violence.
Tout en exprimant une certaine ouverture, Mutamba souligne que son adhésion au dialogue dépendra de sa sincérité :
« J’encourage cette initiative républicaine si elle est sincère, car elle peut aider à recréer la cohésion nationale en cette période charnière de notre histoire existentielle », peut-on lire dans la correspondance.
Détenu depuis 154 jours, l’ancien ministre conclut sa lettre par une déclaration forte :
« Je suis privé de ma liberté pour avoir dit non au système mafieux et à l’agression rwandaise contre la RDC ».
Cette prise de position relance le débat sur les conditions politiques et sécuritaires entourant le dialogue national, dans un contexte marqué par de fortes tensions et des attentes élevées quant à la restauration de la cohésion nationale.
Assiyah Tshamunyongue
