10 février 2026

Quand investir dans son pays devient un crime: inquiétudes sur la dérive sécuritaire sous le Pouvoir Union sacrée

À l’heure où la République Démocratique du Congo lutte pour sa stabilité, voilà que surgit un paradoxe troublant : investir dans son propre pays serait-il désormais assimilé à une faute?

C’est l’affaire que soulève la tempête médiatico-politique autour de supposés investissements de l’ancien président Joseph Kabila, accusé de détenir des parts — jusqu’à 25 % — dans plusieurs entreprises congolaises.

Cette affaire, relayée à travers une prétendue déposition extrajudiciaire d’une femme d’affaires italienne, Mme Fortunata Ciaparrone, suscite des inquiétudes graves. Car ce qui, dans tout pays normal, serait salué comme un acte de patriotisme économique, semble ici érigé en motif de suspicion, voire de répression.

Qui est cette investisseuse aujourd’hui prise pour cible? Mme Ciaparrone n’est ni une inconnue ni une aventurière. Installée depuis plus de vingt ans en RDC, elle a participé activement à l’essor de plusieurs entreprises locales telles que TEXICO (textile), SOGEMIP (construction), CETGAZ (gaz domestique), ou encore CELI, un centre linguistique qui a permis à de nombreux jeunes Congolais de se former et de partir étudier en Italie. Les activités de ses entreprises se font au grand jour et dans la transparence la plus totale. Le site de l’ARMP renseigne sur quelques marchés publics remportés par Sesco en 2024 et en dit long sur le sérieux des animateurs.

Mme Ciaparrone fait partie de ces rares étrangers à avoir cru, malgré les risques, au potentiel congolais.

Et pourtant, au lieu d’être protégée, elle serait —selon plusieurs sources — détenue illégalement depuis des mois, sans procès ni assistance juridique, aux mains d’un cercle restreint de conseillers gravitant autour du président Félix Tshisekedi.

Plus grave encore : ses avocats auraient eux aussi été mis au secret. Si cela se confirme, nous sommes bien loin des standards d’un État de droit.

Le fond de l’affaire? Une chasse aux sorcières mal dissimulée, fondée sur des allégations floues selon lesquelles l’ancien président Kabila serait l’actionnaire discret de certaines de ces entreprises. Et alors ? C’est quoi l’infraction? La Loi interdit-elle à un ancien président de la République de faire les affaires économiques? Est-ce un crime pour un ancien chef d’État d’investir dans son pays, tant que cela se fait légalement et sans préjudice pour la nation ? L’État congolais dispose de tous les moyens pour encadrer les flux financiers, surveiller les activités suspectes, et neutraliser tout risque sécuritaire.

Mais cela ne justifie ni les enlèvements, ni les détentions arbitraires, ni les violations flagrantes des droits fondamentaux.
À ce rythme, que restera-t-il de la fragile confiance que des investisseurs, congolais ou étrangers, essaient encore de placer dans le pays ? Faut-il rappeler que ces entreprises ciblées emploient des centaines de familles, participent au tissu économique local et apportent un souffle de stabilité dans un climat déjà étouffant ?

Ce que l’on attend du Pouvoir, ce n’est pas la suspicion généralisée, encore moins la persécution de ceux qui essaient — contre vents et marées — de bâtir quelque chose au pays. Ce que l’on attend, c’est une politique claire de sécurisation des investissements, une justice impartiale, et un leadership exemplaire. Un Président ne jure-t-il pas de respecter et faire respecter la Constitution ? Cela inclut la présomption d’innocence, le respect de la vie privée, et la distinction entre l’individu et l’infraction. Ce que l’on fait subir à Mme Ciaparrone après l’Indien Harish ne constitue pas une torture morale et un acte improductif pendant que l’on a créé des agences pour rechercher les investisseurs?

La guerre que traverse notre pays ne saurait être une excuse pour piétiner les libertés fondamentales ni pour transformer des désaccords économiques ou politiques en règlements de comptes personnels. Le monde nous regarde. Et il jugera.

Il est temps, pour le chef de l’État, de redresser la barre. Il n’est pas trop tard pour choisir l’honneur plutôt que la honte, le droit plutôt que l’arbitraire, et la paix durable plutôt que la répression.

Par Jean Bosco Kalombo, Avocat