Le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont officiellement ratifié, jeudi 4 décembre à Washington, l’Accord de paix pour la prospérité régionale, sous le regard du président américain Donald Trump, artisan central du rapprochement. Cet accord, signé préalablement le 27 juin par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, vise à mettre un terme à près de trois décennies de violences dans l’est de la République démocratique du Congo, une région ravagée par les conflits armés et les rivalités transfrontalières. Pour Tshisekedi, « l’accord de Washington est un tournant », rendu possible par l’implication d’une coalition de partenaires internationaux, du Qatar à l’Angola en passant par le Kenya.
La cérémonie, très attendue, a également été marquée par un discours ferme du chef de l’État congolais, qui s’est engagé à appliquer pleinement les dispositions du texte. Il a exhorté Kigali à suivre la même dynamique, en appelant clairement à la fin de toute ingérence et de tout soutien aux groupes armés opérant dans l’est de la RDC. Tshisekedi a également exprimé l’espoir que cette signature ouvre la voie à « une ère de coopération et de stabilité durable » dans la région des Grands Lacs, longtemps marquée par la méfiance et les rivalités géopolitiques.

Paul Kagame, pour sa part, a salué un processus innovant, soulignant que « pendant trente ans, d’innombrables médiations ont échoué » faute de s’attaquer aux problèmes de fond. Selon lui, l’impulsion donnée par Washington, qu’il décrit comme « impartiale, pragmatique et orientée vers les résultats », a permis de créer un espace politique inédit entre Kigali et Kinshasa. Le président rwandais a assuré que son pays restait déterminé à garantir la sécurité et la stabilité régionales, évoquant un avenir désormais davantage tourné vers le développement et la prospérité.
L’une des questions les plus sensibles a émergé lors de l’échange avec la presse : le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Interrogé sur ce point, Donald Trump a affirmé que ce retrait interviendrait « très vite, même très rapidement », promettant des « résultats immédiats » grâce à la volonté politique des deux dirigeants africains. « Beaucoup pensaient cela impossible, mais je pense que ce sera un véritable miracle », a-t-il déclaré, avant de qualifier Tshisekedi et Kagame de « grands dirigeants » prêts à tourner la page de trente ans de tensions.
Au-delà de la sécurité, l’accord se distingue par la création d’un Cadre d’intégration économique régionale (REIF), présenté comme une refondation des relations bilatérales. Ce mécanisme prévoit une coopération approfondie dans les secteurs de l’énergie avec une priorité accordée à Ruzizi III et à l’exploitation du méthane du lac Kivu , des infrastructures, du transport, de la transformation des minerais stratégiques et de la gestion conjointe des parcs nationaux. L’accord introduit également une stratégie commune de santé publique, comprenant la surveillance épidémiologique transfrontalière, la prévention des pandémies et le partage d’informations scientifiques et commerciales liées à la santé.
Malgré l’élan diplomatique, des défis majeurs subsistent, notamment la neutralisation du M23 et la vérification effective du retrait des forces impliquées sur le sol congolais. Comme le rappelle la Ministre des affaires étrangères de RDC , Thérèse Kayikwamba Wagner, « si rien ne change sur le terrain, il sera évident qui refuse de jouer son rôle d’influence ». La signature de Washington offre toutefois un cadre clair, qui renforce les responsabilités de chaque partie et donne à la médiation américaine des leviers plus percutants. Pour les populations de l’Est, cet accord fait naître l’espoir que la diplomatie, l’intégration économique et l’engagement régional puissent enfin remplacer des décennies de souffrance et d’instabilité.
Jolga Luvundisakio
