Cinq représentants des victimes du Génocost du Nord-Kivu, déplacés à Kinshasa depuis décembre 2024, se retrouvent toujours dans une situation de grande précarité, malgré une instruction de la Présidence de la République demandant leur prise en charge par le Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV).
Exfiltrés de Goma après la prise de la ville par le M23, ces cinq représentants sont présentés comme des victimes directes et des témoins de graves violences, notamment sexuelles, documentées dans les zones touchées par le conflit. Leur situation a finalement été portée à la connaissance de la Présidence le 26 février 2026.
En mars, le directeur de cabinet du chef de l’État, Anthony Nkinzo Kamole, a adressé au directeur général du FONAREV une correspondance référencée n°0643/03/2026, lui demandant de recevoir la délégation « à toutes fins utiles ». Pourtant, plusieurs mois après cette instruction, aucune prise en charge effective n’avait été mise en place.

Face à cette situation, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) est intervenue. Dans une correspondance du 23 juillet 2026 adressée au FONAREV, son président, Paul Nsapu Mukulu, a rappelé que les représentants des victimes séjournaient à Kinshasa depuis plusieurs mois « sans accompagnement ni prise en charge adéquats ».
La CNDH a surtout souligné que le FONAREV avait été officiellement saisi et qu’une instruction de la Présidence lui demandant de recevoir la délégation n’avait toujours pas été exécutée. Elle a appelé le Fonds à agir dans l’urgence afin de permettre notamment à ces personnes de retrouver leurs familles.

La réponse du FONAREV n’est intervenue que le 27 août. Selon les éléments rapportés, les cinq représentants ont reçu par WhatsApp des billets d’avion pour Beni, sans dispositif apparent concernant leur logement, leur alimentation ou leur accompagnement à leur arrivée.
Le lendemain, ils se sont rendus au siège du FONAREV à Kinshasa pour obtenir des explications. D’après plusieurs témoignages, ils y seraient restés durant plusieurs heures sans être reçus par la direction. L’ONG Le Cri des Victimes du Congo pour les Droits de l’Homme (CVC-DH) a alors lancé une alerte, dénonçant des actes d’humiliation et un abandon des victimes dans les locaux du Fonds.
Cette situation soulève des interrogations sur la prise en charge effective des victimes des conflits dans l’Est de la RDC. D’autant plus que, pendant que ces cinq représentants attendent une solution à Kinshasa, le directeur général du FONAREV, Patrick Fata Makunga, mène depuis le 12 août une mission à Beni consacrée notamment à la mise en œuvre des mesures provisoires urgentes en faveur des victimes.
Le contraste est donc saisissant : alors que le FONAREV affiche sur le terrain sa volonté d’accélérer la réparation des victimes, cinq représentants directement concernés affirment être laissés dans une situation de précarité à Kinshasa, malgré une instruction venue de la Présidence.
Au-delà de leur cas individuel, leur situation pose une question essentielle : comment garantir la réparation et la dignité des victimes si celles qui sollicitent directement l’accompagnement de l’État peinent elles-mêmes à être entendues ?
