9 décembre 2025

Ça vire à un fonds de commerce politique malsain, cette propension du ministre tshisekediste de la Communication et Médias, réélu député national gizengo-kabiliste en 2018, de s’en prendre violemment à Moïse Katumbi qui, selon ses termes, ne dénonce ni ne condamne l’agression rwandaise. Pourtant, à sa prestation osée sur France 24 le 31 mai 2023, le président d’Ensemble pour la République avait réagi le 1er juin par Jeune Afrique en rappelant ses déclarations contredisant les propos du ministre. Pourquoi y revenir le 2 novembre dernier ? Devrait-on croire que le nationalisme et le patriotisme des 26 candidats à la présidentielle auront pour première unité de mesure la dénonciation de l’agression ?

Pour autant qu’il ait la mémoire d’éléphant que tout communicateur d’Etat est censé avoir, Patrick Muyaya aurait dû se renseigner sur la position de l’Udps lorsque le régime Kabila dénonçait la présence des armées rwandaises et ougandaises sur le territoire congolais sans y avoir été invitées.
Pour ne pas remonter au déluge, on peut commencer par 2001 lorsque Joseph Kabila est investi président de la République le 26 janvier. Sous le titre « Joseph Kabila accuse le Rwanda de ‘génocide’ au Congo », le journal belge LE SOIR publie une interview accordée à Stephen Smith. Il déclare : « Lorsque j’ai vu comment les Rwandais se comportaient avec les réfugiés hutus, j’ai pensé qu’un jour nous aurions la guerre avec ces gens-là ». Et d’ajouter, par rapport à la guerre du 2 août 1998 qui était bel et bien une agression : « Il y a bien eu intention de tuer la population. Cela aussi, c’est un génocide, contre les Congolais cette fois, mais personne ne s’en émeut ». Il considérait que « La vraie raison de cette guerre, ce sont les richesses de notre pays : l’or, le diamant, le bois».
Le 29 juillet 2012, Rfi dans sa dépêche intitulée « RDC : pour Kabila, le soutien rwandais au M23 est un ‘secret de polichinelle’», rapporte : « Fait assez rare, le président Kabila s’est exprimé samedi 28 juillet au soir à la télévision congolaise. Pour la première fois le président congolais évoque ouvertement l’agression rwandaise dans l’est du pays, et attend le soutien de la communauté internationale ».

L’UDPS ACCUSE KABILA, LAMBERT MENDE ACCUSE TSHISEKEDI

En 2012, Radio Okapi relève dans un article portant le titre « Présence des troupes rwandaises en RDC : l’UDPS accuse Joseph Kabila de haute » la position du parti présidentiel actuel alors que le pays est attaqué par le M23 soutenu par le Rwanda.
Dans sa déclaration du 6 septembre, l’Udps « constate que le pays a été tout simplement trahi. Le maintien sur le territoire national d’une armée étrangère à l’insu du peuple congolais constitue une complicité avérée de Monsieur Kabila. Aujourd’hui, il se relève que ces accords secrets gérés dans une totale opacité compromettent dangereusement l’unité nationale, l’intégrité nationale et la souveraineté nationale. Alors que les voix qui s’étaient élevées pour le dénoncer ont été étouffées dans l’œuf », accuse Bruno Mavungu, secrétaire général.
Réponse du berger à la bergère, Lambert Mende, à l’époque ministre Kabila de la Communication et Médias, déclare : « L’UDPS nous a habitués à tirer profit de tout événement, même des calamités naturelles. Nous avons entendu l’UDPS dire que le M23 a été créé parce qu’on a volé la victoire électorale à Monsieur Tshisekedi. Quelle surprise d’apprendre que c’est Kabila qui aurait signé un accord secret, dont on ne dit pas à quoi il consiste et à quelle date il aurait été signé ! Tshisekedi et ses hommes deviennent les agents de propagande de James Kabarebe qui tente d’opposer les Congolais entre eux, alors que nous l’avons déjà dénoncé. Je démens de manière catégorique l’éventualité d’un accord secret. Nous avons le Rwanda comme agresseur et nous l’avons dénoncé».

EN QUOI LES AGRESSIONS SONT-ELLES DIFFERENTES ?

Le 25 septembre 2013, intervenant du haut de la tribune des Nations Unies à l’occasion de la 68ème assemblée générale ordinaire des Nations Unies, « Kabila dénonce ‘ les agressions sans fin ‘ du Rwanda ». Le titre est de l’Afp. L’agencier français retient ces mots durs du chef de l’Etat congolais : « C’est pour avoir posé un acte de solidarité en accueillant sur son territoire des réfugiés originaires du Rwanda que les populations congolaises de l’Est de mon pays sont privées de la paix. II y a lieu de se demander ce qui resterait du droit international humanitaire si accueillir des réfugiés en détresse, acte humanitaire par excellence, devait désormais être considéré suffisant pour justifier des agressions sans fin de la part du pays dont les dits réfugiés sont originaires ».
En 2013, Patrick Muyaya est député Palu certes, mais membre de la Majorité présidentielle, mandat obtenu des législatives de novembre 2011.
Devenu allié de l’Udps en 2021 et faisant des prises de position de Moïse Katumbi sur l’agression rwandaise une obsession, il ne rate pas une occasion pour marteler sur ce qu’il fait maintenant d’aune du nationalisme et du patriotisme : la dénonciation de l’agression. Surtout quand il s’agit du président national d’Ensemble et candidat à la présidentielle prochaine.
« Lorsque vous prétendez devenir président de la République dans ce pays, vous n’êtes pas en mesure de citer nommément l’agresseur qui s’appelle le Rwanda, ça pose un problème pour le congolais. Il faut d’abord être en mesure de bien diagnostiquer le problème, de désigner le mal par son nom et d’être en mesure de challenger (…) Commencez à nommer le mal par le mal avant devenir nous challenger », se permet-il de dire en utilisant des moyens de l’Etat que les autres candidats ne sont pas en mesure d’utiliser.
Bien entendu, s’en prendre à un adversaire politique avant la campagne électorale devrait normalement interpeller le Csac. Silence radio.
Toutes choses étant par ailleurs égales, quelle interprétation Patrick Muyaya donne-t-il du silence de l’Udps lorsque la guerre du 2 août 1998 avait éclaté ? Et de la réaction favorable au Rwanda exprimée contre Joseph Kabila en 2012 ? Ou encore du nouveau silence de l’Udps après la dénonciation de l’agression rwandaise en 2013 ? En quoi l’agression actuelle est différente des agressions autrefois dénoncées sous Joseph Kabila ?

NI PLUS, NI MOINS QUE DU CLIENTÉLISME ÉLECTORAL

Au fait, ce n’est pas la première fois que Patrick Muyaya se sert de l’agression rwandaise pour s’en prendre ouvertement à Moïse Katumbi. Le 31 mai 2023, invité au JT de France 24, il avait fait la déclaration suivante : « Moïse Katumbi n’a jamais condamné l’agression rwandaise. Nous n’avons jamais entendu Katumbi parler contre Kagame. Il faudrait bien qu’à un moment, qu’il dise clairement sa position par rapport à l’agression rwandaise ».
Il va même se permettre d’affirmer que « Ce sont les opposants qui attisent la violence à travers le pays, à six mois des élections générales ».
Malheureusement pour lui, la preuve du contraire est arrivée le 1er juin 2023. « C’est un faux procès que l’on me fait ! Regardez mes tweets et mes interviews, j’ai été parmi les premiers à condamner le Rwanda et même l’Ouganda. Je l’ai même fait avant Félix Tshisekedi », a révélé Moise Katumbi à Jeune Afrique. Depuis, Muyaya est rentré dans ses petits souliers.
Pourquoi alors y revenir le 2 novembre 2023 ? Serait-il en mission commandée ? Doit-on comprendre que pour l’Union sacrée de la nation, être du bon côté de l’histoire consiste à comptabiliser désormais le nombre de dénonciations de l’agression rwandaise émanant des 26 candidats à la présidentielle ?
A propos de cette agression, on aimerait bien entendre Patrick Muyaya se prononcer sur le séjour de la délégation du M23 à Kinshasa de septembre 2021 à juin 2022. La question est surtout de savoir pourquoi se focaliser sur l’agression rwandaise ?
En vérité, ce n’est ni plus, ni moins que du clientélisme électoral. Et ça, c’est quelque chose de vraiment malsain de la part d’un régime qui joue à faire peur…

Impossible de chuter sans rappeler à l’opportuniste Muyaya que le fait de passer ses journées dans la hantise à cause de Katumbi et à mentir sur lui l’a détourné de l’essentiel: le combat pour ramener à la vie l’aile du Palu dont il a été membre jusque avant la terrible sentence de la justice donnant définitivement raison à la branche du Palu patronnée par le duo Makiashi-Mazenga, seule autorisée à fonctionner en tant que parti politique du nom de «PALU». Conséquence: Muyaya va cette fois-ci défendre dans les valises de Sama Lukonde, Dany Banza et Guy Loando, le siège de député gagné pour le compte de la formation politique chère à Antoine Gizenga.

José LIBYA

Licencié en droit public interne de l’Unikin