16 janvier 2026

Nsuka Tandu Gais

Le retentissement du coup d’État manqué du 19 mai 2024 à Kinshasa, attribué au mouvement “New Zaïre”, continue de faire des ravages bien au-delà de la capitale. Dans la ville de Kasangulu, au Kongo Central, une famille lambda se retrouve plongée malgré elle dans un cauchemar kafkaïen. En cause : la location d’une parcelle appartenant à Madame Chantal Madia Kafuti à deux individus identifiés plus tard comme membres actifs du mouvement “New Zaïre”.

Selon le témoignage livré à la presse par Monsieur Jérémie Munongo Madia, fils aîné de la propriétaire, les deux hommes, Clément Kazadi et Nsuka Tandu Gais, ont loué cette maison sise au numéro 80 de la rue Pika, dans la commune de la Gare, à Kasangulu, de septembre 2018 jusqu’en mai 2024. Ces derniers, activement recherchés pour leur implication dans le coup d’État avorté, auraient disparu de la résidence peu après les événements de Kinshasa, laissant derrière eux une traînée de soupçons, de représailles et de pressions policières sur les innocents.

Nsuka Tandu Gais

Depuis cette disparition, raconte Jérémie Munongo, leur famille vit sous la hantise des descentes répétées de la Police nationale congolaise (PNC) et des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR). « Ils sont venus, ont saccagé tous les appareils électroménagers et les biens se trouvant dans la maison, avant de la sceller », déplore-t-il. Le motif ? Avoir logé deux individus désormais considérés comme terroristes — l’un ayant déjà été condamné à mort, l’autre étant en fuite.

Mais le calvaire ne s’arrête pas là. Le 27 juin 2025, alors qu’il rentrait du travail aux environs de 21 heures, Jérémie affirme avoir été arrêté arbitrairement par des policiers accompagnés d’hommes en civil. Il passera deux jours en détention avant d’être relâché, grâce à un pot-de-vin. Une semaine plus tard, c’est son frère qui sera interpellé à son tour, battu, torturé et presque extradé vers Kinshasa, avant que sa libération ne soit obtenue également contre paiement.

Face à cette situation, la société civile du Kongo Central tire la sonnette d’alarme. Des voix s’élèvent pour dénoncer les bavures policières et les méthodes abusives de l’ANR, qui semblent frapper aveuglément tout lien, même indirect, avec les présumés auteurs du complot. « Trop, c’est trop », résume Jérémie, épuisé moralement et financièrement par cette persécution injustifiée.

Alors que l’ombre du mouvement “New Zaïre” plane toujours, ce dossier soulève de nombreuses questions sur les dérives sécuritaires et la protection des citoyens innocents. À Kasangulu comme ailleurs, le respect des droits humains doit redevenir la norme, même dans la traque des ennemis de la République.

Par ailleurs, il est important de signaler que Nsuka Tandu Gais, présenté comme l’interprète du groupe rebelle, aurait pris la fuite après avoir été ciblé par des éléments de la police. Avant sa disparition, il s’était exprimé dans un document adressé à la presse pour livrer sa version des faits. Depuis le 17 août dernier, plus aucune trace de lui n’a été retrouvée.

Hervé Masaki