18 septembre 2026

Entre licences minières à risque, entreprises publiques fragilisées et gouvernance environnementale à renforcer, le premier diagnostic de l’APLC et du NRGI révèle les failles d’un secteur dont dépend une partie de l’avenir économique du Congo.

La République démocratique du Congo ( RDC) possède ce que le monde entier convoite : le cuivre et surtout le cobalt, deux ressources devenues stratégiques dans la transition énergétique mondiale. Pourtant, derrière cette richesse exceptionnelle se cache un paradoxe : un pays assis sur des minerais essentiels à l’économie mondiale, mais toujours confronté à la pauvreté et aux inégalités.

C’est dans ce contexte que l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), avec l’appui technique du Natural resource governance institute (NRGI), a organisé ce jeudi 10 septembre, à Kinshasa un atelier consacré au premier rapport de diagnostic de la corruption dans la filière cupro-cobaltifère.

Le message est clair : avant de prétendre tirer pleinement profit de ses richesses minières, la RDC doit d’abord être capable de mieux contrôler ceux qui les gèrent.

Le cobalt ne suffit pas à enrichir le Congo.
Depuis 2024, le diagnostic s’est concentré sur trois domaines : l’octroi des licences et titres miniers, la gestion des entreprises minières publiques et la gouvernance environnementale et sociale.
Trois secteurs différents, mais un même risque : celui de voir les failles institutionnelles favoriser la fraude, les conflits d’intérêts et la corruption.

L’ attribution des licences et permis miniers, des maillons les plus sensibles

Le Congo a des minerais. Mais possède-t-il les institutions suffisamment solides pour empêcher que cette richesse ne soit captée au détriment de l’intérêt général ?
Quand les titres miniers deviennent une zone à risque
L’attribution des licences et permis miniers constitue l’un des maillons les plus sensibles de la chaîne.

Derrière chaque concession se trouvent des intérêts économiques considérables. Chaque décision administrative cache des enjeux financiers et politiques.
La transparence ne peut donc plus être une simple formalité.

L’APLC insiste notamment sur le respect des lois, des procédures et des délais légaux, ainsi que sur l’identification claire des bénéficiaires effectifs.
Il ne suffit plus de connaître le nom d’une entreprise.

La gestion opaque

Il faut savoir qui se trouve réellement derrière elle.
Entreprises publiques : la richesse nationale face au risque de mauvaise gestion
Le deuxième axe concerne les entreprises publiques, notamment celles du secteur minier.

Leur mauvaise gestion ne représente pas uniquement une perte pour une société publique. Elle peut devenir une perte directe pour l’État et, par conséquent, pour la population.

Une entreprise minière publique mal gouvernée peut ainsi transformer une richesse nationale en opportunité privée.
La question de la responsabilité des dirigeants, de la transparence financière et du contrôle de l’État devient donc incontournable.

La gouvernance environnementale et sociale

Environnement : la facture cachée de l’exploitation
Le troisième axe porte sur la gouvernance environnementale et sociale.

Pendant longtemps, le débat minier congolais s’est concentré sur la production, les investissements et les revenus. Mais une question demeure : quel est le coût réel de cette exploitation pour les communautés et l’environnement ?

Le cuivre et le cobalt ne peuvent pas être évalués uniquement en tonnes produites et en dollars générés.
Une richesse minière qui détruit les équilibres sociaux et environnementaux sans mécanisme efficace de contrôle peut difficilement être présentée comme un véritable développement.

Un rapport qui ne doit pas finir dans un tiroir
Le NRGI a apporté son expertise à travers son outil de diagnostic de la corruption dans le secteur extractif, tandis que l’APLC a assuré le portage institutionnel du processus.

Selon Moïse Liboto Makuta, coordonnateur du NRGI en RDC, ce travail constitue l’aboutissement d’un processus ayant associé institutions publiques et société civile.

« Il y a d’autres domaines qui restent à diagnostiquer, notamment la collecte et la gestion des revenus miniers, la gestion de la filière hydrocarbures et plusieurs autres domaines », a-t-il expliqué.

Vivement des actions concrètes

La RDC n’a pas besoin d’un énième rapport présenté à Kinshasa avant de finir dans un tiroir administratif. Elle a besoin d’actions.
Des synthèses devraient être diffusées dans les provinces afin que les différents acteurs de la chaîne de valeur minière puissent prendre connaissance des recommandations et appliquer les mesures correctrices nécessaires.
Prévenir avant de punir, mais surtout agir.

  La prévention 

L’APLC met l’accent sur la prévention.

« Nous avons commencé d’abord par la prévention : faire comprendre à tout le monde les risques de corruption et tout le mal que la corruption apporte dans la gestion du pays », a indiqué le coordinateur de l’agence.
Mais la prévention ne peut suffire sans sanctions.

Des questions posées avec acuité

À quoi servent les lois si ceux qui les contournent ne sont jamais inquiétés ?
À quoi servent les contrats si leurs obligations ne sont pas respectées ?
Le véritable défi du Congo n’est donc plus seulement de produire des textes. Il est temps de respecter ceux qui existent déjà.

Rassurer les investisseurs, mais d’abord protéger l’État
La lutte contre la corruption doit également permettre de créer un environnement plus prévisible et transparent pour les investisseurs.
Mais attirer les capitaux ne doit pas signifier affaiblir les exigences de transparence.

Le Congo doit attirer les investisseurs, oui.
Mais il doit surtout être capable de négocier avec eux dans l’intérêt de l’État.
La question n’est donc pas seulement : combien d’investisseurs pouvons-nous attirer ?
La véritable question est : combien de valeur pouvons-nous réellement conserver pour le peuple congolais ?

Le Congo face à son paradoxe minier
Le diagnostic de l’APLC et du NRGI révèle finalement un paradoxe bien congolais.

Le pays dispose d’une richesse capable de lui donner une influence considérable sur l’économie mondiale. Pourtant, ses faiblesses institutionnelles risquent de transformer cette puissance en simple promesse.

Le cuivre et le cobalt peuvent faire du Congo une puissance minière.
Cependant aucune ressource naturelle ne peut remplacer des institutions solides.

Entre souverainisme minier de façade et de fait

Le véritable souverainisme minier ne consiste pas seulement à contrôler les minerais du sous-sol. Il consiste à contrôler efficacement la manière dont ils sont attribués, exploités, commercialisés et transformés en bénéfices pour la population.

Ce premier diagnostic constitue donc une étape importante.

Mais il ne servira à rien si ses recommandations restent confinées dans les rapports.
Le Congo connaît désormais une partie de ses failles.
La question n’est plus de savoir où se trouve le problème.
La question est de savoir si l’État congolais aura enfin la volonté politique de le combattre.

ASSIYAH TSHAMUNYONGUE