17 décembre 2025

Au cours d’une longue interview exclusive accordée à cumulard.cd le samedi 01 avril 2023 ( réalisée par Jolga Luvundisakio), Constant Omari ex président de la FECOFA, ancien président intérimaire de la CAF et FIFA, n’élude aucun sujet du football. Des élections de la FECOFA qui pointent à l’horizon, à l’ingérence de la FIFA par son président Infantino en ce qui concerne la gestion du football africain en passant par son probable retour à la CAF pour éradiquer ce qu’il a appelé le néocolonialisme dans le football africain par ceux qui dirigent la FIFA , l’homme moderne n’a pas mis sa langue en poche. Voici la première partie de cet entretien

Quelle analyse faites-vous du football congolais actuellement ?

Parler du football congolais, c’est un peu difficile, depuis que j’ai quitté la fédé, je me suis inculqué une discipline de ne pas parler du football, en suite j’assiste à une décrépitude. Il se transforme en chantier important, qui ne nécessitera beaucoup d’intelligence, de motivation, de vision, d’abnégation et d’engagement, pour le relancer. Globalement aujourd’hui, le niveau est tel que tout le monde constate, nos championnats sont aux arrêts, nous sommes en voie de rater la participation à la Can, a moins d’un miracle.Et à moins que, nos joueurs aient un sursaut d’orgueil important pour gagner tous les matchs qui nous restent. Mais je crois que le niveau actuel n’est pas bon pour ce pays.

Quelles sont les thérapeutiques de choc pour cette situation du football congolais étant expert ?

Le football seul , on a du mal à le relancer, il faut parler du sport national : il faut un élan , un engagement, une vision, une volonté , un programme, un projet pour pouvoir relancer le sport national y compris le football. D’abord la vision du chef de l’État, qu’est-ce-qu’il veut faire de son sport? Il a son gouvernement à qui ,il transmet sa vision en matière sportive , ce dernier le traduit en terme des projets du ministère des sports , projet des infrastructures à cette volonté du chef et en proposant au parlement un budget conséquent , le quel budget devait permettre qu’on puisse construire et remettre à niveau ceux qui existent parce toutes les infrastructures sont en desitude dans toutes les disciplines. L’autorité budgétaire , c’est-à-dire les parlementaires sont responsables parce, in fine , il leurs appartient de réduire ou d’augmenter le budget alloué au ministère des sports. Et encore au niveau du gouvernement, il faut valoriser ce ministère des sports , ce ministère est considéré comme un moins que rien, après 3 ou 4 matchs des léopards, il n’y a plus de budget, ce n’est pas normal , ce n’est même pas un budget d’un grand club, on rêve vraiment avec ce petit budget. L’erreur c’est de croire qu’on peut faire du football moderne en se contentant du peu que nous avons, alors que le football moderne tient à certains paramètres qu’il faut respecter. Les exemples sont là : le Sénégal, le Maroc et autres…

Donc il faut tout arrêter et recommencer à zéro ?

Non, arrêter , c’est trop dire.On peut progressivement améliorer et continuer à jouer , parce qu’il faut quand même garder un niveau et qu’on ne peut pas descendre, question que les réformes viennent s’arrumer avec l’existant. Quand j’ai initié la nouvelle formule de la Linafoot ( ligue 1 et 2) , mais j’avais besoin d’accompagnement du gouvernement, parce que la FECOFA telle que vous la voyez, n’a pas d’argent pour toutes ces restructurations des championnats , il fallait dans un premier temps un accompagnement de l’État et à un certain niveau, on allait progressivement désengager l’état au profit des sponsors mais beaucoup ne m’avaient pas compris, la preuve est là : Les championnats sont arrêtés.Mais depuis cette époque, la FECOFA n’avait pas de garantie de l’État, pour avoir accepté de changer la formule, et de jouer un championnat à 20 clubs ?

À 20 , ça signifie que vous avez minimum 10 matchs , deuxièmement, j’ai accepté parce qu’il y a des clubs qui émergeaient, troisièmement, c’était un challenge qu’il fallait relever. Vaut mieux oser plutôt qu’on vienne te dire que tu n’as pas fait , mais que de ne pas oser, parce qu’il est structurellement impossible à ce championnat de garder le top niveau dans cette formule là. D’ailleurs , les 5 années qui ont suivi le lancement de cette formule, nos clubs étaient au top , ce championnat était parmi les 5 premiers championnats d’Afrique. C’est pourquoi nous avons recouru à l’État, et le chef avait compris mais le gouvernement n’a pas suivi. Est-ce que vous pensez que le gouvernement est incapable de sortir 5 , 10 millions pour ce championnat ?Non , mais il y a des gens qui détournent 15 , 20 millions, il faut qu’il y ait une volonté. Au Bénin, leur chef de l’État a construit plus 22 stades , c’est juste un problème de vision , volonté et une dynamique. On peut pas nous dire que le championnat est arrêté parce que l’état n’a pas d’argent non, on a un budget de 14 milliards, dans ce budget on ne peut pas trouver 10 millions pour ce championnat ?

À l’époque sans l’apport du gouvernement le championnat arrivait à sa fin , la FECOFA ne peut pas trouver la solution pour la poursuite du championnat ?

La solution existe, mais moi je ne suis pas là pour donner des solutions , je ne suis plus à la FECOFA, ceux qui voudront me consulter, ils vont le faire , on est là comme bibliothèque, on va les aider en réflexion, j’ai tout dit à ceux qui sont restés. Je suis dispo à aider en réflexion , en essayant de donner des pistes. Le minimum de l’intelligence on l’a amené aux Etats généraux.

Où en sommes-nous avec les résultats des états généraux ?

Il y a eu des conclusions, mais c’est le ministère des sports qui en a la charge pour la mise en application , je ne sais pas à ce niveau quelles sont les contraintes. Mais la réflexion était bonne et des pistes des solutions intéressantes. Il y a un nouveau ministre aujourd’hui, je pense qu’il pourra avoir le courage et l’audace de les lancer et faire passer. Et qu’il mette sur pied un petit comité pour la vulgarisation.

Qu’est-ce vous attendez du nouveau ministre des sports ( François Kabulo ) ?

Il faut lui accorder les présomptions favorables, il a été journaliste sportif pendant autant d’années , il a eu le recul entant qu’observateur , je crois qu’il a tiré beaucoup de leçons , maintenant qu’il est devenu l’acteur , c’est à lui de mettre en pratique toutes les leçons qu’il avait tiré dans la position qui était la sienne. Mais je pense que la situation aujourd’hui de notre sport veut qu’on puisse s’ouvrir. Il faut intéresser le maximum de ceux qui peuvent apporter quelque chose pour le sport. L’ antagonisme ne doit plus être de mise au jour d’aujourd’hui , parce que le marasme étant très profond , on a besoin d’unifier les réflexions pour pouvoir sortir de cet état. L’activité sportive n’est pas une activité de parti politique , c’est social, ça englobe tout le monde. Deuxième élément primordial, qu’on arrête la politisation du sport. Si les politiques pensent qu’ils favorisent, et qu’ils font du bien aux sports en politisant ce secteur, c’est la plus grosse erreur et la plus grosse bêtise qu’ils commettent. Le sport en général et le football en particulier doivent demeurer apolitiques. Aujourd’hui mieux qu’hier , la situation que traverse notre pays exige quelque part qu’il y ait un dénominateur commun autour du quel tous les congolais doivent se retrouver. Les partis politiques non, il ya que le sport qui peut être notre dénominateur commun. J’étais émotionné , quand on jouait l’hymne national à Lubumbashi lors du dernier match des léopards, de voir avec quel civisme, cette population chantait. Si les politiques ont compris ce geste là, ils devaient se dire arrêtons de politiser ce secteur. Aujourd’hui nous traversons une situation très difficile où notre intégrité territoriale est atteinte par des agresseurs de tout bord, ce qui nous reste comme valeur de base au tour de laquelle , les congolais peuvent se retrouver et dégager cet élan d’existence encore, c’est le sport. Imaginez, le tenant de la thèse qu’il fallait aller jouer au Cameroun , ils avaient réussi cette thèse là et qu’on perd ce match vous imaginez la suite ? Maintenant ceux qui n’étaient pas d’accord avec cette thèse, comme moi également. Moi président de la FECOFA, j’allais forcer des clubs d’aller jouer à Lubumbashi , mais on a gagné à Lubumbashi c’était à l’honneur de qui ? du peuple congolais. ( Premiere partie ), la deuxieme partie à lire ce mardi 04 avril

Propos recueillis par Jolga Luvundisakio