8 février 2026


‎Un adage bien connu du football affirme qu’« une finale ne se joue pas, elle se gagne ». Les Lions de la Teranga du Sénégal l’ont parfaitement illustré ce dimanche 18 janvier à Rabat, en faisant preuve d’une mentalité d’acier pour venir à bout du pays hôte, le Maroc, au terme d’une finale aussi tendue que controversée.

‎Cette affiche opposait la meilleure attaque du tournoi, le Sénégal (12 buts inscrits), à la meilleure défense, le Maroc, qui n’avait concédé qu’un seul but en six rencontres. Un duel de styles prometteur, mais rapidement éclipsé par un climat délétère.

‎Le ton était déjà donné la veille de la finale. La Fédération sénégalaise de football avait publiquement dénoncé un traitement jugé défavorable, évoquant des problèmes liés au logement, aux sites d’entraînement et au nombre insuffisant de places attribuées aux supporters sénégalais.

‎Sur la pelouse, la confrontation fut de haute intensité entre le Maroc, première nation africaine au classement FIFA, et le Sénégal, deuxième du continent. Le gardien sénégalais Édouard Mendy s’est notamment plaint de l’usage répété de lasers destinés à perturber sa vision.

‎Le tournant du match survient lorsque l’arbitre accorde un penalty au Maroc. La décision provoque une vive confusion : le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw intime à ses joueurs de quitter la pelouse, entraînant une longue interruption et des discussions houleuses en bord de terrain.

‎Ancien sélectionneur du Sénégal, Claude Le Roy révélera par la suite que Sadio Mané était venu solliciter son avis au cœur de ce chaos. « Si j’étais à votre place, je ramènerais tout le monde sur le terrain. On ne sait jamais ce qui peut arriver… », lui aurait-il conseillé. Le numéro 10 sénégalais s’exécutera, rappelant ses coéquipiers avec ces mots : « On joue, et on s’en fout qu’ils marquent ou pas. »

‎Dans les tribunes, la tension est également montée d’un cran. Dans la zone réservée aux supporters sénégalais, des échauffourées ont éclaté avec les forces de l’ordre, ternissant un peu plus l’image de cette finale.

‎Finalement, le natif de Bambali avait vu juste. Brahim Díaz manque son penalty, relançant totalement le Sénégal.

‎Durant les prolongations, la bataille ne se limite plus au rectangle vert. Près des cages d’Édouard Mendy, la serviette du gardien sénégalais devient la cible de jets, provenant de supporters et de certains joueurs marocains, obligeant un international sénégalais à se transformer en véritable garde du corps pour protéger l’accessoire. Une scène qui rappelle l’incident survenu en demi-finale entre le Maroc et le Nigeria, où le gardien Stanley Nwabali avait été victime de pratiques similaires.

‎À la 94ᵉ minute des prolongations, le Sénégal trouve enfin la faille grâce à Pape Gueye. La tension atteint alors son paroxysme, les nerfs restant à vif jusqu’au coup de sifflet final.

‎Celui-ci donne lieu à une scène choquante entre les deux sélectionneurs. Pape Thiaw refuse dans un premier temps de serrer la main de Walid Regragui. Le technicien marocain s’exprimera sans détour :
‎« Nous avons donné une mauvaise image du football africain. J’ai dit à Pape, pour qui j’ai beaucoup de respect, qu’on ne peut pas demander à ses joueurs de quitter le terrain. Il a refusé de me serrer la main… Les gens se sont fait une mauvaise opinion en pensant que nous devions absolument gagner cette CAN… Aujourd’hui, je félicite le Sénégal. Nous allons travailler . »

‎Malgré une organisation saluée à bien des égards, le Maroc et la CAF savent que la Coupe d’Afrique des nations ne pourra grandir qu’en corrigeant les erreurs qui viennent gâcher la fête du football africain.

‎Au bout du compte, le Sénégal est sacré champion d’Afrique. La CAF a également récompensé les acteurs marquants du tournoi : Sadio Mané est élu meilleur joueur de cette 35ᵉ édition, Pape Gueye homme du match de la finale. Côté marocain, la sélection repart avec le trophée du fair-play, Brahim Díaz termine meilleur buteur, tandis que Yassine Bounou est désigné meilleur gardien.

‎Après avoir soulevé le trophée, Sadio Mané a annoncé au micro de Canal+ qu’il s’agissait de sa dernière CAN :
‎« J’aimerais d’abord remercier mes coéquipiers. Je l’avais dit avant la compétition : avec la CAN, je m’arrête ici. Si Dieu le veut, j’accompagnerai l’équipe à la Coupe du monde avant de prendre ma retraite internationale . »

‎Cette 35ᵉ édition organisée au Maroc aura marqué la fin de carrière internationale de certains cadres et l’émergence de nouveaux talents. Mais au-delà du terrain, cette finale agit comme un révélateur et, espérons-le, comme un déclencheur de réformes profondes, notamment en matière d’arbitrage et de neutralité envers les pays organisateurs.

‎Dan Bonganga