L’administration Trump a discrètement annulé un contrat de l’USAID destiné à fournir environ 100 000 kits d’urgence aux survivantes de viol en République démocratique du Congo, selon des documents et témoignages recueillis par Reuters. Ces kits, contenant notamment des médicaments antirétroviraux, des antibiotiques et des contraceptifs d’urgence, étaient essentiels pour prévenir le VIH, les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées dans un contexte de conflit armé croissant dans l’Est du pays.
Le contrat devait permettre de réapprovisionner plus de 2 000 structures de santé dans les provinces les plus touchées. Mais selon les Nations unies et plusieurs ONG, l’USAID a annulé la commande au début de l’année, au moment même où Elon Musk, alors chargé d’optimiser les dépenses publiques, annonçait la fermeture de certains programmes jugés « non prioritaires ». Le Département d’État n’a pas commenté la décision, malgré plusieurs sollicitations.
Sur le terrain, l’impact est immédiat et dramatique. Au Sud-Kivu, seuls 7 des 34 districts sanitaires disposent encore d’un stock minimal de kits post-viol, selon l’UNFPA. Moins de 13 % des victimes reçoivent aujourd’hui le traitement contre le VIH dans les 72 heures, délai pourtant crucial pour son efficacité. « On doit dire à ces femmes qu’on ne peut rien faire. C’est inhumain », déplore un soignant congolais sous couvert d’anonymat.
Cette décision humanitaire suscite l’indignation. « Ce kit est souvent la seule assurance pour une femme violée qu’elle ne mourra pas de sida, n’aura pas à subir une grossesse forcée ou un avortement à risque », explique Amadou Bocoum, directeur de CARE International en RDC. Sans cette aide, les organisations locales sont débordées, impuissantes face à l’ampleur des besoins.
Donald Trump justifie cette politique par la volonté de réduire la part des États-Unis dans l’aide internationale, estimée à 65 milliards de dollars en 2024. Mais pour les survivantes congolaises, cette coupure signifie davantage de morts, de traumatismes et d’abandons. Les conséquences sanitaires et humaines de cette décision se feront sentir bien au-delà des frontières de la RDC.
Assiyah Tshamunyongue
