Dans une interview exclusive accordée au journal Le Soir (Belgique) le 20 avril 2026, Seth Kikuni, ancien candidat à l’élection présidentielle et figure de l’opposition congolaise, s’est vivement opposé aux projets de révision de la Constitution de 2006 en République démocratique du Congo (RDC). Installé à Bruxelles depuis janvier 2026, l’opposant dénonce ce qu’il considère comme une manœuvre dangereuse du président Félix Tshisekedi, susceptible, selon lui, de fragiliser davantage un État démocratique déjà sous pression.
« La Constitution de 2006 a été conçue pour protéger le pays contre les dérives personnelles et dictatoriales », rappelle Seth Kikuni. « Elle a déjà été affaiblie par les nombreuses violations imputées à Félix Tshisekedi. Nous avons à la tête du pays un dirigeant qui se comporte comme un “Mobutu bis” et qui ne pense qu’à se maintenir au pouvoir », fustige-t-il.
L’ancien candidat pointe également ce qu’il qualifie d’« hypocrisie » autour de l’éventualité d’un référendum, qu’il considère comme « un instrument de validation » dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante, une répression politique accrue et un climat de peur généralisée. Il met en garde contre les conséquences d’une telle révision, notamment dans les provinces de l’est du pays, en proie à l’insécurité et à la présence du groupe rebelle M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda.
« Plus de dix millions de Congolais vivant dans ces zones ne seraient pas en mesure de participer à un éventuel référendum », explique-t-il. « Un tel processus pourrait offrir au M23 l’opportunité d’imposer ses propres règles. Le risque est de voir le pays se fracturer durablement », alerte Seth Kikuni.Cette prise de position intervient dans un contexte préoccupant pour l’opposition.
Un rapport des Nations unies, publié en mars dernier, fait état de plus de 40 membres de partis d’opposition détenus par les services de renseignement à la fin du mois de janvier 2026. Plusieurs figures politiques, dont Seth Kikuni lui-même, ont choisi l’exil pour éviter des poursuites.
Face à cette situation, l’opposition pourrait néanmoins compter sur le soutien d’un acteur influent : l’Église. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), déjà active entre 2016 et 2018 lors des mobilisations contre la prolongation du mandat de Joseph Kabila, plaide aujourd’hui pour un dialogue inclusif. Pour la première fois, elle est appuyée dans cette démarche par l’Église du Christ au Congo (ECC), représentant la communauté protestante.
Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, rappelle que « la Constitution interdit toute révision lorsqu’une partie du territoire national est en situation de guerre ». Selon lui, une telle initiative constituerait « une violation de la loi et un facteur de fragilisation de la cohésion nationale ». Il assure par ailleurs que la Cenco « utilisera tous les moyens légaux à sa disposition pour promouvoir la paix ».
Dans ce climat tendu, Seth Kikuni lance un avertissement sans équivoque : « Nous n’accepterons pas qu’on touche à la Constitution. Si cela se produit, il y aura des protestations, avec des conséquences imprévisibles ». Selon lui, « le président a encore l’opportunité de sortir par la grande porte », mais la décision lui revient.
La RDC se trouve ainsi à un tournant crucial, entre débats sur l’avenir institutionnel et aspirations populaires à la stabilité, à la paix et à la démocratie. Une situation que la communauté internationale suit avec une attention croissante.
Assiyah Tshamunyongue
