10 février 2026

Dans un contexte de tensions persistantes dans la région des Grands Lacs, l’accord de paix signé le 27 juin à Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda suscite autant d’espoir que d’interrogations. Au cœur de cette initiative : Massad Boulos, conseiller Afrique de Donald Trump et principal artisan du texte. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, il explique les ambitions américaines et les enjeux de ce tournant diplomatique.

Depuis plus de trois décennies, l’Est de la RDC est le théâtre d’un conflit dévastateur ayant fait plus de six millions de morts. Pour Boulos, ce drame humain ne pouvait plus durer : « Il était temps que les États-Unis s’impliquent concrètement pour mettre fin à cette guerre oubliée. » Nommé récemment, ce franco-arabophone originaire du Liban et homme d’affaires au parcours atypique a surpris par son efficacité. Plutôt que de créer un nouveau cadre de négociation, Washington a choisi de s’appuyer sur les initiatives existantes – celles de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la SADC, et même du Qatar, déjà impliqué dans les pourparlers avec le M23.

L’accord signé à Washington va plus loin que les précédents. Il repose sur trois piliers : sécurité, économie et humanitaire, auxquels s’ajoute une volonté d’intégration régionale. Une innovation majeure réside dans la mise en place d’un mécanisme de sécurité conjoint RDC-Rwanda, chargé de superviser à la fois la neutralisation rapide des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, issues du génocide de 1994) et le retrait coordonné des troupes rwandaises du territoire congolais. « Ces deux mesures sont indissociables », souligne Boulos. Le langage diplomatique du texte, qui évite les termes d’“agression” ou “occupation”, reflète une concession tactique acceptée par les deux parties pour aboutir à un compromis.

Autre nouveauté, le volet économique. Kinshasa et Kigali se sont engagés à créer un cadre d’intégration régionale combinant commerce, infrastructures et projets de développement communs. Le projet hydroélectrique signé récemment à Luanda entre le Burundi, la RDC et le Rwanda (760 millions de dollars) illustre cette volonté de transformer la coopération sécuritaire en opportunité économique.

L’engagement direct des États-Unis donne un poids sans précédent à l’accord. Boulos rappelle que Trump, lors de son premier mandat, « n’a déclenché aucune guerre » et qu’il se considère comme un président « de paix ». Ce positionnement se manifeste aujourd’hui par une diplomatie active sur plusieurs fronts africains : Soudan, Libye, Sahel et Corne de l’Afrique. Interrogé sur la Monusco, dont Trump a annoncé vouloir revoir le financement, Boulos plaide pour une réforme des missions onusiennes, plus que pour leur suppression : « Elles doivent devenir plus efficaces et moins bureaucratiques. »

La signature solennelle entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame à la Maison-Blanche devrait intervenir courant juillet, en présence d’autres partenaires internationaux. Elle pourrait être accompagnée de l’accord économique de Doha, encore en négociation. Mais la mise en œuvre reste la clé. « Nous sommes optimistes, mais réalistes », tempère Boulos. Le soutien de l’Union africaine, du Qatar et de la France est crucial, tout comme l’engagement réel des deux présidents.

Massad Boulos n’élude pas les tensions politiques internes en RDC. Il se dit favorable au dialogue national, réclamé par une partie de la classe politique et de la société civile, tout en soulignant que la stabilité passe par des réformes institutionnelles profondes. « Nous ne voulons pas interférer, mais nous encourageons les réformes démocratiques. »

Si l’accord de Washington ne garantit pas la paix, il crée une nouvelle dynamique, mêlant sécurité, développement et engagement international. Reste à transformer cette opportunité en réalité durable, sur le terrain comme dans les institutions.