Douze ans. Presque un quart de vie pour un citoyen, une éternité pour un chantier. Depuis 2013, le Stade Lumumba, à Matadi, est devenu le symbole vivant de l’échec, l’incarnation même de l’irresponsabilité. Un gouffre financier, une manœuvre dilatoire réactivée à chaque échéance politique, une insulte quotidienne à la République.
Combien de gouverneurs se sont succédé ? Six : Simon Mbatshi Batshia, feu Jacques Mbadu, Déo Nkusu, Atou Matubuana, Guy Bandu et, aujourd’hui, Grâce Bilolo. Six gestions, six silences coupables, six mandats marqués par l’oubli et la négligence. Pas un seul n’a eu le courage, la volonté ou la compétence de mener ce projet à son terme. Peut-être l’actuel y parviendra mais le doute demeure.

Ce stade, qui aurait pu devenir un pôle sportif régional, n’est aujourd’hui qu’une ruine à ciel ouvert, un projet fantôme que l’on maquille périodiquement pour tromper la population. La dernière mascarade ? L’annonce de la pose d’une pelouse synthétique… dans un environnement crasseux, inachevé, indigne. Pose-t-on une pelouse sur de la boue ? Est-ce là le niveau d’exigence d’un État qui se respecte ?
Les photos parlent d’elles-mêmes : sièges installés à la hâte sur un béton sale, installations délabrées avant même d’avoir servi, finitions bâclées. On croirait une tribune abandonnée de l’époque coloniale. Et pourtant, il s’agit bien d’un projet du XXIᵉ siècle, financé par l’argent du peuple congolais.
Où sont passés les fonds ? Quelles sont les entreprises impliquées ? Ont-elles seulement les compétences requises ? La CAF ou la FIFA ont-elles été sollicitées pour garantir le respect des normes ? Le silence des autorités est assourdissant. Et le risque est bien réel que ce stade, une fois prétendument « terminé », ne soit jamais homologué comme de nombreux terrains municipaux à Kinshasa, devenus inutilisables dès leur inauguration.
Pourtant, le besoin est criant. Hormis les stades des Martyrs, Tata Raphaël et Kibasa Maliba, le pays est nu, incapable d’accueillir dignement une compétition internationale. Le Stade Lumumba aurait pu représenter une bouffée d’espoir. Il est devenu un scandale, un non-lieu, une farce tragique.
En avril dernier, le président de l’Assemblée provinciale du Kongo-Central, Papy Mantezolo, révélait que 48 millions de dollars américains avaient déjà été décaissés pour la construction de cet édifice, sans qu’aucun résultat concret ne soit visible.
Le Président de la République, Félix Tshisekedi, ne peut plus détourner le regard. Il doit prendre ce dossier à bras-le-corps. Il en va de sa crédibilité. L’Inspection Générale des Finances, sous la direction de Christophe Bitasimwa, a le devoir moral et républicain d’ouvrir une enquête sérieuse. Il faut faire toute la lumière sur cette affaire, établir les responsabilités et traduire les coupables devant la justice. Trop, c’est trop.
Le Stade Lumumba est aujourd’hui la honte de Matadi, la honte du Kongo-Central, la honte de toute une nation.
Matthieu Makiese, correspondant
