29 août 2026

Dans son adresse à la nation, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé la convocation prochaine d’un dialogue national consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Une initiative présentée comme un processus souverain, conçu et porté par les Congolais, mais dont le chef de l’État a clairement fixé les limites.

Au cœur de son discours, Félix Tshisekedi a notamment exclu l’AFC/M23 du futur dialogue national en tant que composante politique. Selon le Président de la République, les mouvements qui combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d’une puissance étrangère ne pourront pas prendre part aux assises.

« Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a martelé le chef de l’État.

Cette exclusion ne signifie toutefois pas une fermeture totale à l’égard des membres de l’AFC/M23. Félix Tshisekedi a indiqué qu’une voie de réintégration resterait ouverte à titre individuel à ceux qui renonceraient de manière sincère et vérifiable à leur engagement armé, condamneraient sans équivoque l’agression dont la RDC est victime et reconnaîtraient les souffrances infligées aux victimes.

Pas d’amnistie générale pour les crimes les plus graves

Le chef de l’État a également posé une autre ligne rouge : le dialogue national ne devra pas conduire à une amnistie générale pour les crimes les plus graves.

« La paix ne saurait signifier l’impunité », a déclaré Félix Tshisekedi, excluant que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves puissent être effacés au nom d’un compromis politique.

Pour le Président congolais, la réconciliation ne peut se construire sur l’oubli des victimes. Les combattants qui renonceront à la violence pourront être pris en charge dans le cadre des mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRCS), ainsi que dans les dispositifs de justice et de réconciliation.

Le dialogue national ne remplacera pas le processus de Doha

Félix Tshisekedi a également tenu à distinguer le futur dialogue national du processus de Doha engagé avec l’AFC/M23. Les discussions menées dans le cadre de cette initiative portent notamment sur la cessation des hostilités, le désengagement, le cantonnement et le désarmement.

Le dialogue national, a-t-il précisé, ne se substituera donc pas au processus de Doha et ne pourra constituer une voie parallèle permettant à l’AFC/M23 d’obtenir politiquement ce que la démocratie et l’ordre constitutionnel ne lui ont pas accordé.

Le Président a néanmoins laissé ouverte la possibilité d’une réintégration individuelle pour les membres de l’AFC/M23 qui renonceraient sincèrement à la lutte armée et s’engageraient dans la voie de la République.

Des consultations dans les 26 provinces

Avant la tenue des assises nationales à Kinshasa, le chef de l’État prévoit de vastes consultations dans les 26 provinces de la RDC. Elles devraient réunir les populations, les autorités locales, les élus, les partis politiques, la société civile, les autorités coutumières ainsi que les confessions religieuses.

L’objectif est de faire remonter les préoccupations locales afin d’élaborer un diagnostic national. Félix Tshisekedi veut ainsi éviter que les conclusions du dialogue soient négociées loin de la population, comme il l’a reproché à certains processus de paix antérieurs.

« Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui », a-t-il insisté.

Un dialogue de trois mois maximum

Les consultations provinciales devront précéder les assises nationales qui se tiendront à Kinshasa. L’ensemble du dialogue national devrait s’étendre sur une durée maximale de trois mois.

Le processus devra déboucher sur un pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Sa mise en œuvre sera accompagnée d’une matrice politique attribuant à chaque institution des engagements précis, un calendrier et des résultats mesurables.

Le chef de l’État a également annoncé la mise en place d’un mécanisme de suivi, avec la publication périodique de rapports sur l’exécution des conclusions du dialogue.

Une ordonnance pour organiser le dialogue

Pour donner une base concrète à cette initiative, Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine d’une ordonnance instituant un comité chargé d’organiser le dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.

Ce comité aura notamment pour mission d’assurer la préparation administrative, matérielle et logistique des assises. Sur la base de son rapport préliminaire, une seconde ordonnance devra ensuite convoquer formellement le dialogue et fixer ses principes directeurs, les différentes étapes, les modalités de représentation ainsi que les mécanismes de suivi.

Des mesures de décrispation politique annoncées

Dans son adresse, Félix Tshisekedi a également annoncé des mesures de décrispation politique. Il a donné instruction au gouvernement d’engager, en concertation avec les institutions compétentes et dans le respect de la séparation des pouvoirs, la préparation de mesures destinées à renforcer la confiance et à favoriser la réconciliation nationale.

Le Président a toutefois précisé que ces mesures devront préserver l’indépendance de la justice et garantir les droits des victimes.

Il a enfin lancé un appel à ses compatriotes que les crises récentes ont conduits à se tenir en marge de l’unité nationale, les invitant à « renouer avec la République » et à reprendre leur place dans la communauté nationale.

Un « sursaut » national face aux crises

Plus largement, Félix Tshisekedi a appelé les Congolais à « transcender leurs clivages habituels » face aux crises qui traversent le pays. Revenant sur plusieurs décennies de conflits dans l’Est, il a estimé qu’il ne s’agissait plus d’une crise passagère, mais d’une situation ayant décimé « une génération entière ».

Le chef de l’État a également reconnu les faiblesses internes de la RDC et les échecs de plusieurs processus de paix passés. Il a notamment dénoncé les accords souvent centrés sur le partage du pouvoir, éloignés des réalités populaires et insuffisamment suivis d’effets.

Il a cependant refusé que ces faiblesses internes soient confondues avec ce qu’il qualifie d’agression étrangère contre la RDC.

Washington, Doha et la voie nationale

Félix Tshisekedi a par ailleurs fait le point sur les processus diplomatiques de Washington et de Doha, ainsi que sur les efforts de médiation de l’Union africaine, soutenus notamment par la CIRGL, la SADC, l’Union européenne et les Nations unies.

Selon lui, le processus de Washington concerne principalement la dimension interétatique du conflit entre la RDC et le Rwanda, tandis que le processus de Doha porte sur la cessation des hostilités et les discussions avec l’AFC/M23.

Le Président a reconnu l’importance de ces démarches diplomatiques, tout en soulignant qu’elles ne pourront pas, à elles seules, réparer toutes les fractures internes du pays.

À travers ce dialogue national, Félix Tshisekedi entend donc ouvrir une nouvelle séquence politique : dialoguer avec les Congolais, mais exclure l’AFC/M23 en tant que composante politique ; permettre une éventuelle réintégration individuelle à ceux qui renoncent aux armes ; et refuser toute amnistie générale pour les crimes les plus graves.