16 octobre 2026

À Kinshasa, le deuil a toujours été le ciment de notre solidarité, un moment sacré où la communauté s’arrête pour porter ensemble le poids de la douleur. Mais ” autres temps, autre moeurs”. Avant que les autorités, les VIP et les hommes d’affaires autoproclamés ne décident de transformer les obsèques en une vulgaire escale technique.

Le scénario est désormais tristement rodé dans les funérariums de la Gombe ou devant la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire et ailleurs. Le cortège de grosses cylindrées arrive à vive allure, gyrophares et vitres teintées de rigueur.

Le grand homme descend, le visage grave, fendant la foule sous l’œil des caméras. Il dépose sa gerbe de fleurs, s’incline trois secondes, serre deux mains, puis pivote sur ses talons pour remonter dans son véhicule climatisé. Durée totale de l’hommage sept minutes montre en main.

Un alibi, occupation professionnelle

Pour justifier cette fuite en avant, les défenseurs de ce snobisme moderne brandissent l’argument de l’occupation professionnelle.

Des agendas de ministres, paraît-il. Depuis quand le respect dû aux morts est-il devenu une affaire de rendement horaire ? Comment ces mêmes personnalités trouvent-elles le temps de passer des nuits entières dans les terrasses VIP de Bandalungwa, Limete ou de la Gombe, mais ne peuvent accorder au moins une heure à la dépouille d’un proche ou d’un collaborateur ?

Une insulte à la culture africaine

Dire que l’on est trop occupé pour honorer dignement un mort est une insulte à notre culture. C’est le reflet d’une société malade où l’humain n’a de valeur que s’il peut rapporter quelque chose immédiatement.

Une fois mort, l’ami ou le parent ne sert plus à rien ,on lui consacre donc le strict minimum syndical d’une couronne de fleurs en plastique et un départ précipité.

D’autres murmurent, sous cape, que ces riches d’un jour fuiraient “les matolo”, ces sollicitations financières intempestives de la foule en fin de cérémonie. Soit.

Mais depuis quand l’élite a-t-elle peur de sa propre base ? Si ces hommes dits forts sont incapables de gérer la détresse ou la roublardise de leurs concitoyens sans fuir comme des voleurs, c’est qu’ils mesurent le fossé immense qui les sépare du reste des Kinois.

On vient chercher l’applaudissement au moment du dépôt de fleurs, mais on fuit les réalités du peuple dès que le protocole s’éteint.

Ce comportement est une honte. Il n’honore ni l’illustre disparu, dont la mémoire est profanée par ce simulacre de présence, ni les familles éprouvées, laissées sur le parvis avec leur douleur et le sentiment d’avoir été jetées aux oubliettes sitôt les caméras coupées.

repenser l’organisation des obsèques sur fond de dignité

Nos valeurs africaines de compassion (Bomoto) sont en train de mourir, asphyxiées par le paraître et l’arrogance de ceux qui possèdent l’argent. Si nos élites n’ont plus le temps d’honorer nos morts, qu’elles restent chez elles. Nos deuils n’ont pas besoin de figurants, ils ont besoin de dignité.

Face à cette dérive, il est urgent de réagir. Constater le mal ne suffit plus .il faut repenser l’organisation de nos obsèques pour chasser le m’as-tu-vu et sécuriser le recueillement .

Il est temps que Kinshasa redevienne cette ville où la mort impose le respect, le silence et l’humilité, et non un tapis rouge pour riches pressés.

” À nous tous candidats à la mort, vivons chaque jour comme si c’était le dernier “.

Djastro Mubemba