2 novembre 2026

Le programme gouvernemental de réhabilitation, de modernisation et de construction de 13 aéroports provinciaux, annoncé le 29 octobre 2026 par le ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement, suscite des interrogations au Nord-Kivu. En effet, l’aéroport de Beni-Mavivi, pourtant déclaré prioritaire à deux reprises lors des Conférences des gouverneurs, ne figure pas parmi les infrastructures retenues.

Financés sur le Trésor public, ces projets ont été confiés à quatre entreprises, à savoir Safricas, Safrimex, Sokerico et Modern Construction. Ils concernent notamment les aéroports de Boende, Kalemie, Kikwit, Bandundu, Bumba, Lisala, Tshikapa, Matadi, Gbadolite, Buta-Zega, Gemena, Mbandaka et Muanda. Aucun aéroport du Nord-Kivu n’apparaît dans cette programmation.

Cette absence interpelle d’autant plus que la réhabilitation de Beni-Mavivi avait été expressément recommandée en juin 2025, lors de la 12ᵉ Conférence des gouverneurs organisée à Kolwezi, sous la présidence du chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi. À cette occasion, les participants avaient préconisé la construction ou la réhabilitation de trois aéroports, dont celui de Beni, qualifié d’« urgence », avec une échéance fixée à juin 2026.

La priorité avait été réaffirmée en mars 2026, lors de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs tenue à Bandundu. Le rapport final recommandait alors d’accélérer la réhabilitation et la construction de plusieurs plateformes aéroportuaires, notamment celles de Beni, Gemena, Lisala, Tshikapa et Lodja. Pourtant, plusieurs mois après ces engagements, Beni-Mavivi reste absent de la liste des 13 projets annoncés par le gouvernement.

Sur le terrain, cet aéroport bénéficie déjà d’une mobilisation locale. Depuis plusieurs années, la population et le gouvernement provincial du Nord-Kivu contribuent à sa réhabilitation, notamment grâce aux recettes issues des taxes sur le café et le cacao. Ces efforts ont permis d’enregistrer des avancées et une réouverture partielle de la piste.

Au-delà de son importance pour le désenclavement économique de la région, Beni-Mavivi représente une infrastructure stratégique dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile. Son opérationnalisation faciliterait notamment le déplacement des forces de sécurité, l’acheminement de l’aide humanitaire, les évacuations médicales ainsi que le transport des marchandises.

L’absence de cet aéroport dans le programme gouvernemental soulève dès lors plusieurs interrogations : quels critères ont présidé à la sélection des 13 infrastructures ? Pourquoi une plateforme déclarée urgente à deux reprises n’a-t-elle pas été retenue ? Un financement spécifique ou un autre mécanisme de prise en charge est-il envisagé pour Beni-Mavivi ?

Selon les autorités provinciales du Nord-Kivu, aucune consultation ne leur aurait été accordée depuis la dernière Conférence des gouverneurs, pas même pour la transmission des données techniques relatives à l’aéroport.

Alors que l’échéance de juin 2026 fixée pour la prise en charge de Beni-Mavivi est déjà dépassée, les regards se tournent désormais vers le gouvernement central. La population attend des explications claires sur le sort réservé à cette infrastructure, devenue essentielle pour le désenclavement et le développement du Grand Nord-Kivu.

Au-delà du cas de Beni, cette situation pose également la question du suivi effectif des recommandations issues des Conférences des gouverneurs et de leur traduction en réalisations concrètes sur le terrain.