Dans la vaste architecture de l’État, certaines voix demeurent parfois étouffées derrière les murs de l’administration. Pourtant, ces voix portent la fatigue des hommes et des femmes qui continuent de servir la République malgré l’adversité. Aujourd’hui, ce sont celles des agents de l’Inspection territoriale du travail de Muanda qui s’élèvent.
Monsieur le Président de la République,
Félix Tshisekedi,
Cette lettre ouverte vous est adressée avec gravité, mais aussi avec l’espoir que la justice administrative, que vous avez souvent appelée de vos vœux, puisse enfin se manifester là où l’attente s’est transformée en détresse.

À Muanda, dans la province du Kongo Central, les agents de l’Inspection territoriale du travail vivent aujourd’hui une situation qui interroge profondément le sens même du service public. Depuis plus de onze mois, ces fonctionnaires de l’État travaillent sans percevoir leurs salaires. Onze mois d’efforts, d’inspections, de médiations sociales et de présence sur le terrain, sans la moindre rémunération.
Comment un agent chargé de faire respecter le droit du travail peut-il continuer à défendre la dignité des travailleurs lorsqu’il est lui-même privé de son propre droit le plus élémentaire : celui d’être payé pour son travail ?
Au fil des mois, les promesses se sont succédé. Des assurances ont été données par la hiérarchie administrative. Des primes ont été annoncées, puis reportées, puis promises à nouveau. Mais dans la réalité quotidienne des agents de Muanda, ces engagements demeurent des paroles suspendues dans le vent.
Pendant ce temps, les familles s’enfoncent dans une précarité inquiétante. Certains agents peinent à assurer la scolarité de leurs enfants. D’autres doivent recourir à l’endettement pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. Derrière chaque dossier administratif se cache désormais une lutte silencieuse pour survivre.
Le paradoxe est cruel : ces agents représentent l’autorité de l’État dans le domaine du travail, mais ils sont eux-mêmes victimes d’un abandon administratif qui semble défier toute logique institutionnelle.
Monsieur le Président,
Vous avez souvent affirmé votre volonté de restaurer l’autorité de l’État et de redonner sa dignité à l’administration publique. Mais que devient cette ambition lorsque ceux qui incarnent cette autorité sur le terrain sont laissés sans salaire pendant près d’une année ?
À Muanda, la résilience des agents commence à se fissurer. Et pourtant, malgré la frustration et l’épuisement moral, ils continuent de travailler, par devoir, par conscience professionnelle, mais surtout par fidélité à la République.
La situation actuelle ne peut plus être traitée comme un simple retard administratif. Elle exige une réponse claire, rapide et directe. Car au-delà de Muanda, c’est l’image même de l’État qui se joue.
C’est pourquoi cette tribune en appelle à votre implication personnelle afin que lumière soit faite sur cette situation et que des mesures urgentes soient prises pour rétablir les droits de ces agents.
Le silence administratif prolongé nourrit le doute. L’action, elle, restaure la confiance.
Dans un pays où tant de citoyens aspirent à un État plus juste, la situation des agents de l’Inspection territoriale du travail de Muanda apparaît comme un test : celui de la capacité des institutions à protéger ceux qui les servent.
L’histoire retiendra toujours les moments où le pouvoir a choisi d’écouter les voix venues du terrain.
Et aujourd’hui, à Muanda, ces voix attendent d’être entendues.
David NTUMBA
