Kinshasa, 12 mars 2026. Les ressortissants du Nord-Kivu vivant à Kinshasa ont condamné, jeudi, ce qu’ils qualifient de manipulation de la population de Goma par la coalition M23/AFC, après la mort de l’humanitaire française Karine Buisset, survenue récemment dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration rendue publique dans la soirée du 12 mars dans la capitale congolaise, cette communauté a dénoncé l’organisation d’une marche présentée comme un hommage à la victime, qu’elle considère plutôt comme une mise en scène orchestrée pour influencer l’opinion publique.
Bien qu’éloignés de leur province d’origine, les membres de cette communauté affirment suivre de près l’évolution de la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu, dont certaines localités restent sous contrôle des rebelles du M23, soutenus selon eux par l’armée rwandaise.
Selon leur communiqué, plusieurs habitants de Goma auraient été contraints de participer à la marche organisée un jour après le décès de l’humanitaire française. Ils indiquent que certains participants n’étaient pas informés de l’objectif réel de la manifestation.
Pour les ressortissants du Nord-Kivu, cette initiative s’apparente à une tentative de propagande destinée à détourner l’attention de la communauté nationale et internationale, dans un contexte marqué par les pressions diplomatiques croissantes exercées sur Kigali, notamment après les récentes sanctions américaines visant des responsables rwandais.
La déclaration a été lue par le président de l’Intercommunautaire du Nord-Kivu, Jérôme Paluku, qui a exprimé la «profonde indignation » de cette organisation face à ce qu’elle considère comme une instrumentalisation du drame.
« L’intercommunautaire du Nord-Kivu exprime sa profonde indignation face aux agissements de l’AFC/M23, qui continue de manipuler une population déjà meurtrie par des années de violences, d’occupation et d’instabilité », a-t-il déclaré.
Il a également évoqué les explosions récentes qui auraient coûté la vie à plusieurs personnes, dont Karine Buisset, présentée comme une agente de l’UNICEF engagée dans la protection des enfants.
Selon Jérôme Paluku, des témoignages recueillis auprès d’habitants de Goma font état de pressions exercées sur certains citoyens pour participer à la marche. « Des personnes auraient été interceptées sur les routes et contraintes de monter dans des véhicules pour être conduites vers le lieu de la manifestation », a-t-il affirmé.
Face à cette situation, les ressortissants du Nord-Kivu ont appelé à la vigilance de l’opinion publique et de la communauté internationale afin que la mémoire de la victime ne soit pas utilisée à des fins politiques ou propagandistes.
La mort de l’humanitaire française et les réactions qu’elle suscite interviennent dans un contexte sécuritaire toujours tendu dans l’est de la RDC, où les affrontements entre forces armées congolaises et groupes armés continuent d’alimenter une crise humanitaire persistante.
Jolga Luvundisakio
